Par Albania Cadena · Guayaquil, Équateur
Combien vaux-tu si tu ne gagnes pas ?
Mon fils Siamcito a huit ans et il réussit dans tous les sports. Ce qui semble une bénédiction — et qui l'est — est devenu, sans que nous nous en rendions compte, une leçon que nous n'attendions pas. Un jour, nous avons pris conscience de quelque chose qui nous a bouleversés : il mesurait sa valeur comme personne à ce qu'il gagnait, et non à ce qu'il était.
Cela nous a arrêtés. Nous avons décidé de revenir à l'essentiel : des après-midi au parc sans programme, des films en famille, des histoires avant de dormir, tout simplement être un enfant. Et ce que nous avons vu nous a confirmé que nous avions pris la bonne décision. Comme parents, il faut parfois lâcher l'ego d'avoir un enfant champion pour gagner quelque chose de bien plus important : un enfant heureux.
Le meilleur pour eux ou le meilleur pour nous ?
J'ouvre Instagram et je le vois tous les jours : une compétition silencieuse, mais bien réelle, pour montrer des enfants talentueux, actifs, productifs. Des enfants devenus du contenu, exposés au regard public en échange de likes et d'approbation. Des emplois du temps qui épuisent rien qu'à les lire : sport, robotique, langues, art, technologie, tout en même temps, dès qu'ils savent à peine nouer leurs lacets.
Nous voulons tous le meilleur pour nos enfants, mais nous sommes-nous demandé ce que « le meilleur » signifie vraiment ? On dit que l'éducation est le plus bel héritage, et c'est vrai. Mais de quelle éducation parlons-nous ? De certificats et de contenus, ou de véritables compétences pour la vie : l'empathie, la résilience, le travail en équipe, la capacité d'être heureux avec ce que l'on a ?
Les vrais champions ne sont pas toujours en finale
Cette Coupe du monde m'a offert une leçon inattendue, et elle est arrivée juste au moment où j'en avais le plus besoin comme maman. Ceux qui m'ont le plus impressionnée ne sont pas nécessairement ceux qui ont atteint la finale : ce sont ceux qui ont ramé ensemble. La Norvège et son fameux cri « Ro ! » — « rame ! » — sont devenus le symbole de quelque chose qui dépasse de loin le football : la force de l'équipe, la beauté du travail collectif, la valeur de celui qui joue un rôle au second plan, sans avoir besoin du centre de la scène.
Ramer ne signifie pas toujours être celui qui donne le rythme. Et cela ne t'enlève pas de la valeur : cela t'en donne autrement. Tout ne doit pas être première place, exotique ou nouveau. Parfois, ce qu'il y a de plus transformateur est ce qu'il y a de plus simple : travailler, apporter sa part, accompagner. C'est ce que je voudrais que mes enfants apprennent : non pas à briller seuls, mais à ramer ensemble.
Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre
Mère Marie-Eugénie parlait des enfants comme de vases sacrés : des êtres qui doivent être traités avec respect et honneur, parce qu'ils portent en eux l'image de Dieu. Dans cette perspective, faire d'un enfant un trophée, un contenu, un projet de réussites, c'est aussi une manière de ne pas respecter cette image, de ne pas le voir.
Mère Marie-Eugénie nous a aussi laissé une phrase qui me touche profondément — et je le dis en toute honnêteté, car c'est pour moi l'un des plus grands défis personnels : « Vivre simplement pour que d'autres puissent simplement vivre ». Dans un monde qui exige toujours plus — plus de certifications, plus de compétences, plus d'activités, plus de tout —, choisir la simplicité pour nos enfants est presque un acte de rébellion. Et de foi.
Au bout du chemin, l'important est qu'ils soient heureux
Le sport est magnifique. Les activités extrascolaires sont précieuses. La technologie, l'art et les langues sont des cadeaux que nous pouvons leur offrir. Mais d'abord — toujours d'abord — qu'ils soient des enfants. Qu'ils jouent sans se presser, que le jeu fasse partie du quotidien et ne soit pas la récompense au bout d'un emploi du temps surchargé. Qu'ils échouent sans que cela définisse leur valeur. Qu'ils se reposent sans se sentir improductifs.
Une bonne éducation passe par une réflexion honnête sur le vrai bien-être de nos enfants. Au bout du chemin, ce dont le monde a besoin, ce ne sont pas davantage de champions de vitrine : il a besoin d'êtres humains qui apportent à partir de leur bonheur, qui rament ensemble, qui vivent à partir de ce qu'ils sont. Et cela commence à la maison, lors d'un après-midi au parc sans programme, autour d'une histoire avant de dormir.