local_offer L’éducation

Province d’Inde : Marcher avec les migrants, notre mission à Kozhikode

P eventmercredi 28 janvier 2026

La migration interne des travailleurs en quête d’un meilleur moyen de subsistance en Inde est principalement motivée par des facteurs économiques. Une grande partie de ces migrants provient de secteurs marginalisés de la société. Ils recherchent des lieux plus prometteurs où ils puissent travailler et vivre en paix. Le Kerala, avec ses taux élevés d’alphabétisation, dispose de peu de main-d’œuvre non qualifiée. Par ailleurs, le manque d’opportunités professionnelles pousse les jeunes à chercher du travail à l’étranger, entraînant une pénurie de main-d’œuvre dans l’État, surtout dans les secteurs non qualifiés. Selon une étude du Gulati Institute of Finance and Taxation, le Kerala compte environ 2,5 millions de migrants internes, un chiffre qui augmente chaque année. L’État offre en effet les meilleurs salaires du pays aux travailleurs migrants et se montre moins discriminatoire que d’autres régions.

Les travailleurs migrants sont employés dans divers secteurs, principalement la construction, l’industrie manufacturière, la pêche maritime, l’hôtellerie, l’agriculture, la production de contreplaqué, mais aussi le travail domestique ou les soins aux animaux. Il est presque impossible de trouver des travailleurs locaux dans ces domaines. Les migrants, généralement compétents et travailleurs, perçoivent un salaire inférieur à celui des locaux, mais trouvent davantage d’opportunités dans les secteurs non qualifiés.

Les femmes migrantes, qui accompagnent leurs familles, sont moins bien rémunérées car leur travail est considéré comme moins pénible. Elles vivent dans des conditions insalubres, dans des chambres uniques où elles doivent cuisiner et élever leurs enfants. Leurs difficultés physiques et psychologiques sont rarement prises en compte. Le gouvernement tente d’inscrire leurs enfants à l’école publique, mais peu peuvent réellement en bénéficier.

À Kozhikode, une grande population de travailleurs migrants — y compris des femmes et des enfants — travaille dans les zones agricoles périphériques. Leur venue est saisonnière, selon les cultures. Lors de nos visites, nous les avons trouvés dans des conditions très précaires, sans éducation, victimes de discrimination et privés de dignité. Une profonde compassion chrétienne nous a animées, rappelant l’appel de Jésus à prendre soin des migrants. Avec cette conviction, nous avons commencé notre mission auprès d’eux en 2023 dans le cadre du MEC Marie Eugénie Centre.

Au cours des deux dernières années, nous avons compris que chaque année apporte de nouvelles expériences. Bien que déterminées à servir les communautés migrantes, nous avons parfois été attristées par l’attitude de certains employeurs. La situation des femmes et enfants migrants est souvent difficile à voir. Pourtant, la joie de servir et de cheminer avec eux renouvelle notre engagement dans cette mission.

Dans un centre, par exemple, l’employeur continue d’agrandir les lieux pour accueillir davantage de travailleurs migrants, tandis que les services restent très limités. Beaucoup de ces lieux de travail fonctionnent dans des secteurs informels ou mal réglementés, sans garantir de conditions de travail sûres, ce qui rend la vie des migrants encore plus vulnérable.

Nous avons animé des cours réguliers pour les femmes sur des thèmes tels que la confiance en soi, la santé, l’hygiène, le leadership et d’autres domaines contribuant à leur développement global. Des camps médicaux ont également été organisés pour assurer leur bien-être.

Cette année, l’espace disponible pour nos rencontres a été réduit, car davantage de terres ont été utilisées pour traiter et stocker la récolte abondante de noix d’arec. Malgré ces difficultés, les femmes attendent toujours nos visites avec enthousiasme. Nous sommes peut-être les seules à leur rendre visite régulièrement. Nous privilégions le vendredi, lorsque le propriétaire est absent pour la prière de midi, ce qui nous donne plus de liberté. En période de forte activité, le temps passé avec elles est limité, mais les femmes restent avides d’apprendre. Nous partagions leur fardeau avec la volonté d’aider à améliorer leur vie.

Les cours pour les enfants ont continué sans difficulté, et les parents comme les enfants se montrent très coopératifs. Leur motivation à apprendre est remarquable. En leur enseignant l’alphabet de leur langue maternelle, certains peuvent retourner dans leur village et intégrer l’école, ce qui est pour nous une grande joie.

Tous les enfants ont bénéficié de bilans médicaux et des traitements nécessaires. Nous avons célébré la Journée de la fille avec beaucoup de joie. Garçons et filles ont échangé des cadeaux, et nous avons expliqué aux mères l’importance de cette célébration.

Chaque année, nous devons recruter et former de nouveaux enseignants, les précédents retournant souvent dans leurs villages pour poursuivre leurs études. Notre première équipe fréquente désormais l’université, ce dont nous sommes très fières. Les mères veillent particulièrement à la présence régulière de leurs enfants aux cours. Une prise de conscience grandit : l’éducation peut transformer la vie des femmes et des enfants.

Nous restons convaincues que l’éducation est l’outil le plus puissant pour l’autonomisation. Nous rendons grâce pour la possibilité d’être des instruments de changement dans la vie de ces femmes et enfants. Ce ne sont pas seulement les moyens matériels, mais l’amour et la compassion qui touchent les cœurs. « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Sœur Alphy Pulikkottil

Province d’Inde