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Quand la joie devient vie : des communautés qui transforment

Q eventjeudi 22 janvier 2026

« Il est caractéristique de l’esprit de l’Assomption de laisser à chaque être sa forme particulière »

Sainte Marie Eugénie de Jésus

Certaines expériences marquent profondément la manière dont nous comprenons notre vocation éducative. L’une d’elles, pour moi, est née d’une rencontre simple : une récréation partagée où élèves, enseignants et sœurs de l’Assomption se sont retrouvés spontanément en petit cercle pour échanger, rire et partager la vie. Rien d’extraordinaire ne s’est produit et pourtant, à la fin de ces instants, chacun est reparti avec une lumière différente sur le visage. J’ai alors compris que la joie communautaire, lorsqu’elle est authentiquement partagée, n’est pas un sentiment isolé, mais une dynamique qui se déploie, se transmet et construit.

La joie devient communautaire lorsqu’elle naît de la rencontre. Dans nos écoles, cette rencontre se tisse entre adolescents et jeunes en quête de sens, enseignants qui offrent leurs talents et religieuses qui soutiennent la mission éducative par leur vie. Lorsque chacun se reconnaît membre d’un « nous », la joie cesse d’être un don individuel pour devenir un bien partagé. À travers ces gestes parfois imperceptibles, la communauté devient un signe visible du Royaume.

Dans la spiritualité de l’Assomption, Sainte Marie Eugénie nous rappelle que l’éducation n’est pas seulement une transmission de connaissances, mais une transformation du monde de l’intérieur. Elle rêvait de communautés capables d’être ferment, présence qui humanise, lieux où les jeunes peuvent faire l’expérience d’une foi incarnée dans des relations qui construisent. Dans cette mission, la joie devient une manière de se situer face au monde, même dans les situations les plus difficiles, avec la confiance que Dieu agit silencieusement au milieu de nous.

J’ai vu cette joie devenir mission lorsqu’un groupe d’adolescents choisit d’accompagner un camarade en difficulté, lorsqu’une enseignante transforme un conflit en opportunité d’apprentissage, lorsqu’une sœur partage des paroles qui redonnent lumière et sens. Chacun, à sa place, apporte à la communauté une part d’espérance. Former communauté ne signifie donc pas seulement rassembler des personnes, mais faire naître une vie partagée qui nous pousse à devenir meilleurs.

La joie se cultive aussi. Elle n’apparaît pas par magie : elle se sème avec patience, s’arrose de confiance et se renforce par des pratiques qui élèvent l’esprit. Dans nos communautés éducatives, cultiver la joie signifie créer des espaces de gratitude, promouvoir des relations fondées sur la dignité et encourager une participation active et coresponsable. Cela suppose de reconnaître que personne ne grandit seul et que la mission éducative requiert des cœurs capables de célébrer les petits progrès comme les fruits plus visibles.

Aujourd’hui, en regardant en arrière, je reconnais que la joie reçue à l’Institut de l’Assomption de Las Águilas, à Mexico, n’a pas été seulement une consolation personnelle, mais un appel. Un appel à continuer de construire des environnements où chaque élève peut découvrir que sa vie a de la valeur, que son histoire compte et que sa présence transforme. Lorsqu’une communauté transmet la joie, elle devient un signe vivant du Royaume, une annonce silencieuse mais puissante qu’un autre monde est possible lorsque nous le construisons ensemble.

Cette joie partagée nous invite également à relire nos pratiques éducatives. Comment enseignons-nous ? Comment accompagnons-nous ? Comment soutenons-nous ? La joie devient un critère pédagogique lorsqu’elle oriente nos choix vers ce qui fait grandir la vie, renforce la communauté et révèle le meilleur de chacun. Une communauté joyeuse n’évite pas les conflits ni la fatigue, mais les traverse dans la confiance mutuelle et la conviction que, ensemble, des chemins plus justes et plus humains sont possibles.

Dans cette perspective, la mission éducative de l’Assomption devient un appel constant à être une présence transformatrice. Il ne suffit pas d’être là : il s’agit d’être présent de manière significative, proche et encourageante. Lorsque éducateurs, élèves et sœurs choisissent la joie comme manière de vivre, ils deviennent acteurs d’un projet commun. Ainsi, nos communautés deviennent de véritables ateliers du Royaume, où la joie se sème, se partage et ouvre des chemins pour d’autres.

 

Carlos Enrique Castro Medina

Province Équateur - Mexique