Que célèbre l’Église lors de la Fête de la Toussaint ? L’histoire de l’Église nous ramène jusqu’au pape Grégoire III (731-741), qui choisit la date du 1er novembre pour coïncider avec la consécration d’une chapelle à Saint-Pierre dédiée aux reliques « des Saints Apôtres, de tous les saints martyrs et confesseurs, et de tous les justes rendus parfaits qui reposent en paix à travers le monde ».
Comment sainte Marie-Eugénie comprend-elle la sainteté ? « Le premier amour qui attira Jésus-Christ sur la terre fut la sainteté. » Qu’est-ce qu’être saint ? « Les saints ne pouvaient être créés que dans cet abaissement de notre Seigneur dans son Incarnation. Là se trouve la racine de toute sainteté. » À nouveau, l’être du Fils, du Verbe incarné, est central pour Marie-Eugénie, même lorsqu’elle parle de la sainteté. Avez-vous un saint qui vous accompagne de manière particulière ? Marie-Eugénie nous recommande de « lire la vie des saints, car on y découvre qu’ils se sont entièrement renoncés à eux-mêmes... qu’ils ont donné tout leur amour à Dieu »[1].
En effet, en lisant la vie des saints et saintes, d’hier et d’aujourd’hui, nous découvrons comment ils ont tourné leur regard vers Jésus et renoncé à eux-mêmes pour un plus grand dessein : celui du Royaume de Dieu, auquel ils se sont livrés de tout leur cœur et de toutes leurs faiblesses. Martyrs d’hier et d’aujourd’hui qui n’ont pas tant aimé la vie qu’ils craignissent la mort (Ap 12,11). Fidèles jusqu’à la mort, ces « saints du quotidien », comme aimait les appeler le pape François, ont donné leur vie sans fuir, sans renier le Seigneur.
Cette fête peut aussi être un jour pour nous souvenir ou nous poser la question de saint Bernard, qui commence son homélie de la Toussaint ainsi : « À quoi sert notre louange des saints, notre hommage de gloire et notre solennité ? » Sa réponse : « Nos saints n’ont nul besoin de nos honneurs et ne gagnent rien à notre culte. Pour ma part, j’avoue que, lorsque je pense aux saints, un grand désir brûle en moi » (Discours 2 : Opera Omnia Cisterc. 5, 364 ss).
Pourquoi, lors de certaines célébrations ou consécrations, prions-nous ou chantons-nous les Litanies des Saints ? Nous invoquons leur aide et leur protection. Ils ont vécu sur la terre et se sont tellement identifiés au Christ qu’ils intercèdent pour nous. Les Litanies apparurent à la fin du VIIIe siècle et, comme l’Histoire de l’Église est vivante, elles se sont enrichies de nouveaux saints au fil du temps.
Mais comment devenir saints, amis de Dieu ? Marie-Eugénie répond : « La grande manière d’être fidèles et de se sanctifier – je vous l’ai souvent dit et je vous le répète – c’est d’aimer notre Seigneur Jésus-Christ, et de croire en son amour pour nous. » Et encore, elle recommande l’intercession des saints : « Priez beaucoup les saints, mes sœurs, afin que, dans la vie de fidélité, de régularité et d’obéissance, vous avanciez chaque jour davantage dans l’amour de notre Seigneur »[2].
Lors de la canonisation de Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, Léon XIV a souligné qu’ils sont une invitation pour nous tous, surtout pour les jeunes, car ils nous encouragent à ne pas gaspiller notre vie, mais à la orienter vers les hauteurs et en faire une œuvre d’art[3]. Orienter notre vie vers le ciel nous apprend à vivre sur la terre en communion avec nos frères et à contempler la plénitude de la vie en Dieu.
Tous les saints ont laissé Dieu pénétrer leur vie, se détachant de leur “moi”, car « le moi rétrécit la vision du monde »[4]. En les contemplant, en lisant ou en priant avec eux, nous découvrons un monde pour lequel il vaut la peine de se donner à son Créateur.
Ana Alonso, ra. Province d’Espagne
[1] 15 décembre 1878. L’Incarnation, mystère de sainteté. Sainte Marie-Eugénie de Jésus.
[2] 3 novembre 1878. Le chemin pour parvenir à la sainteté est d’aimer notre Seigneur et de croire en l’amour qu’il a pour nous. Sainte Marie-Eugénie de Jésus.
[3] Homélie du pape Léon XIV du 7 septembre 2025. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2025-09/le-pape-canonise-pier-giorgio-frassati-et-carlo-acutis.html. Site consulté le 19 octobre 2025.
[4] “Le moi rétrécit la vision du monde.” Page 44. À propos de Dieu. Byung-Chul Han. Éditions Paidós.