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Éducation Llakaka

eventmercredi 14 avril 2021

Andohanilaka, 12 janvier 2021

Je suis très heureuse d'avoir l'occasion de partager la réalité éducative que je découvre ici à Madagascar et de faire connaître également comment nous vivons notre mission éducative ici.

Je tiens à préciser que je parle de mon expérience, de mon point de vue, à partir de mes différents critères... Je suis à Madagascar depuis 2 ans et 4 mois. J’ai passé les deux premières années dans la maison de formation du Noviciat de Fianarantsoa. Maintenant, depuis octobre 2020, je suis dans une communauté dédiée à l'accompagnement et à l'animation d'un Lycée d'environ 1200 élèves, de la Maternelle au Baccalauréat. Ceci me permets de mieux connaître (avec l'apport et l'expérience de ma sœur Lucette, directrice de cette Communauté éducative depuis 4 ans) la réalité de la Province à ce niveau.

Tout d'abord, il est bon de connaître quelques faits concrets sur le pays : Madagascar a une population de 25 millions d'habitants, sans compter la multitude de bébés et d'enfants qui abondent dans tout le pays, 40% ont moins de 15 ans, vivant avec moins de 480 dollars par an et par personne. En 2019, Madagascar est le 50e pays le moins riche du monde. 14,2 % des Malgaches ne vont jamais à l'école. Et la durée moyenne de la scolarité est inférieure à 5 ans. Ilakaka, une ville minière du sud-ouest du pays est la capitale du Saphir, sa population est passée de zéro à 30 000 habitants en 20 ans. De nombreuses personnes ont émigré de différentes régions du pays pour chercher, exploiter et vendre le safir, pierre précieuse. De nombreuses personnes sont mortes au cours de cette recherche.

À Andohanilakaka, dans le sud de Madagascar, nous animons un Lycée qui appartient au diocèse d'Ihosy, mais ce sont les Pères Lazaristes, appelés aussi Vincentiens ou Pères Missionnaires, qui sont les premiers responsables, puisqu'ils ont été parmi les premiers évangélisateurs arrivés ici à Madagascar en 1818.

ÉDUCATION INCLUSIVE : Au Lycée nous accueillons une diversité d'étudiants : par rapport à la religion beaucoup sont des chrétiens catholiques mais nous avons aussi beaucoup d'étudiants protestants FKLM Eglise Luthérienne, FKM Eglises Chrétiennes de Madagascar, etc.  Depuis quelques années maintenant le nombre de musulmans a commencé à augmenter sur l'île. Jusqu'à présent ce sont des personnes très pacifiques, de paix qui ne causent pas de problèmes. Le peuple malgache se définit comme un peuple pacifique qui cherche à vivre en paix, en communion les uns avec les autres. FIHAVANANA

EDUCATION INTEGRALE : Nous recherchons une éducation intégrale, mais nous nous confrontons à un grand manque de matériel tel que le matériel didactique, le matériel sportif... Nous n'avons que 25 ordinateurs, qui ne fonctionnent pas bien, pour des groupes de 30 élèves ou plus. En ce sens, nous pouvons dire que nous sommes pauvres, mais avec le peu que nous avons, nous faisons de notre mieux pour offrir à nos étudiants un bon niveau d'éducation. Hier encore, nous avons rendu grâce avec un de nos élèves de 6ème pour ses résultats au Certificat d’Etude (elle a obtenu la 1ère place de toute la région). Cela nous parle d'un bon niveau d'éducation, de bons professeurs et bien sûr de la responsabilité de l'élève. Dans tous les établissements d'enseignement catholique, il y a un cours sur l'éducation à la vie et à l'amour (EVA). La religion est enseignée par les sœurs et par les catéchistes de la paroisse, des groupes et des mouvements de l'Église. En termes d'espace pour le sport, nous disposons d'un grand espace dont les enfants, les adolescents et les jeunes peuvent profiter. Cependant, nous avons un gros problème concernant l'apprentissage du français car la plupart des professeurs ne maîtrisent pas la langue, ils la comprennent plus ou moins mais ne la parlent pas correctement, c'est une difficulté qui limite beaucoup. Cependant il y a une grande ouverture de la part de certains élèves pour apprendre les langues, certains parlent plus ou moins le français, d’autres parlent mieux l'anglais et d'autres veulent apprendre l'espagnol ou l'italien. Mais tout cela reste un défi pour notre communauté éducative.

ÉDUCATION DANS LES PERIPHERIES : En général je peux dire que, dans toutes nos communautés, nos sœurs à Madagascar sont présentes dans les périphéries.  Dans le pays, nous pouvons voir de grands contrastes. En effet, dans l’ensemble, la majorité de la population est pauvre. Mais nous pouvons aussi rencontrer des familles avec des camionnettes très chères, vivant dans de très grandes maisons, ce qui montre de la grande inégalité vécue ici. Celle-ci est dûe en grande partie à la corruption et aux gouvernements qui se sont succédés jusqu'à présent. L'actuel président Andry Rajoelina offre plus d'espoir en lançant un projet de développement pour Madagascar. En outre, l'État reconnaît et apprécie le travail de toutes les écoles privées, pour les bons résultats qu'elles offrent. Cependant, il faut dire que les enseignants des écoles privées sont moins bien payés, c'est-à-dire qu'ils ont un salaire inférieur à ceux des écoles publiques, contrairement à ce que nous vivons par exemple au Mexique.

C’est dans ce que vivent les familles que nous  trouvons nos véritables périphéries car beaucoup, outre la pauvreté matérielle, vivent la violence domestique, la séparation des couples, des parents, qui laissent des traces profondes dans le cœur et la psychologie des élèves. Madagascar a une grande diversité culturelle, il y a 18 groupes ethniques différents, dont l'un, les Atandroy, a des coutumes qui se heurtent à nos concepts chrétiens comme la polygamie.  Il est donc possible de voir au Lycée, des frères qui ont presque le même âge, ou encore des femmes qui viennent avec plusieurs enfants, mais qui ne sont pas tous les siens.

Cette mentalité et la grande pauvreté dans laquelle nous vivons, font que beaucoup de nos lycéennes ont déjà des relations sexuelles avec des étrangers ou des hommes d'ici qui sont venus s'enrichir et s'installer à Andohanilakaka. Dans certains cas, ce sont eux qui paient les frais de scolarité, et non la famille de l'élève. C'est une réalité très triste qui nous frappe très fort car pour nous c'est une sorte de prostitution autorisée par les parents eux-mêmes. Il y a déjà eu quelques cas d'avortement, mettant en danger la vie de la jeune fille. Ces périphéries sont aussi un défi pour nous, comment accueillir, comment écouter, comment traiter ou accompagner ces réalités familiales ?

A Madagascar, il existe d'autres périphéries qui correspondent à ce que les sœurs appellent « Pastoral en brousse », c'est-à-dire des communautés éloignées des villes avec un niveau de pauvreté extrême et un manque d'éducation, plus graves encore que dans les villes.

Notre communauté à Ilakaka n'est pas très nombreuse : nous sommes 8 sœurs et 2 jeunes. Nous nous consacrons à l'animation du Lycée du lundi au vendredi.  Les samedis et dimanches,  nous participons à la pastorale de la paroisse, ou à celle de groupes ou mouvements d'Eglise tels que : MEJ, Scouts, Groupe marial, TAMPIKRY (Jeunes étudiants chrétiens pas nécessairement catholiques), Assomption Ensemble. Deux soeurs sont responsables de chaque groupe.  Comme vous pouvez l’imaginer, il n'y a pas de temps perdu, car nous nous occupons aussi de nos 4 quartiers où chacune de ces deux soeurs est aussi responsable d'être présente aux moments importants de la vie du quartier (fêtes, deuils, etc).

Dans la communauté du noviciat, à Fianarantsoa, nous avons un Centre de Promotion de la Femme qui s'occupe d'une quarantaine de jeunes femmes. Nous leur donnons une formation humaine et chrétienne et surtout nous leur apprenons à gagner leur vie. Nous leur enseignons à coudre à la main ou encore à utiliser la machine à coudre, à fabriquer des sacs en plastique pour le marché, ce que je n'aime pas parce que c'est très polluant. Ce projet était à l'origine un projet des Pères Assomptionnistes, mais depuis quelques années, nous le partageons avec certains des jeunes junioristes de la communauté des Assomptionistes. Ce projet d'éducation non formelle a été couronné de succès ici à Manovohasina et à Manandona, dans le diocèse d'Antsirabe. Il répond très bien à l'appel à aller vers les périphéries afin d'offrir une éducation aux filles pauvres dont les familles n'ont pas d'argent pour soutenir leurs études ou qui les ont abandonnées. Nous avons également un autre centre de formation de développement humain à Kalalao, dans le district de Befeta, où les filles restent une semaine pour recevoir une formation. Dans le cas de Manovohasina, notre Centre Ménager, les filles viennent de loin chaque semaine pour recevoir une formation. A la fin de la formation, nous organisons une exposition de toutes les choses qu'elles ont fabriquées, elles les vendent obtiennant ainsi des ressources pour pouvoir assister à leur dernière étape. Cette formation dure deux ans et celles qui restent jusqu'à la fin, reçoivent un certificat que le Centre leur donne pour faciliter la recherche d'un emploi.

Soeur José Flores