local_offer Spiritualité

Éduquer : un appel à collaborer à l'œuvre de Dieu

eventsamedi 29 août 2026

Par Mirna Zamora, r.a.

Pour Marie-Eugénie de Jésus, éduquer n'a jamais consisté simplement à transmettre des connaissances. Il ne s'agissait pas non plus de préparer des personnes qui réussissent selon les critères du monde. Éduquer était quelque chose de bien plus grand et plus profond : participer à l'œuvre de Dieu, collaborer avec Lui pour que chacun découvre qui il est, reconnaisse sa dignité et trouve le sens de son existence. C'est pourquoi sa proposition demeure étonnamment actuelle.

Nous vivons une époque pleine d'opportunités, mais aussi de grands défis pour l'éducation. Nos enfants et nos jeunes ont accès à une immense quantité d'informations, mais ils peinent souvent à y trouver du sens ; ils sont continuellement connectés, mais font fréquemment l'expérience de la solitude ; ils maîtrisent les nouvelles technologies avec une rapidité admirable, mais ils ont besoin d'espaces pour écouter leur cœur, se forger des convictions profondes et découvrir ce qui donne une direction à leur vie.

Au milieu de cette réalité, l'intuition de Marie-Eugénie résonne avec une force particulière. Elle a compris que l'éducation ne devait pas se limiter à former des esprits brillants, mais des personnes capables de regarder le monde avec les yeux de la foi et de s'engager pour sa transformation. Son désir était que l'éducation aide chaque être humain à vivre avec cohérence, liberté intérieure et ouverture au Royaume de Dieu.

Son grand rêve était de former des « filles de Dieu ». Cette expression, loin d'être une idée pieuse ou romantique, renferme une véritable révolution éducative. Elle signifie aider chacun à découvrir qu'il est aimé de Dieu, qu'il possède une dignité infinie et qu'il est appelé à être acteur dans la construction d'un monde plus juste, plus humain et plus fraternel. Ainsi comprise, l'éducation ne cherche pas seulement à développer des capacités intellectuelles, mais à former des cœurs capables d'aimer, de servir et de transformer la réalité.

Éduquer, alors, c'est éveiller une vocation : il ne s'agit pas seulement de préparer à une profession, mais de préparer à une mission. Une mission qui commence dans le quotidien : dans la famille, au travail, dans les amitiés, dans la manière de se lier aux plus vulnérables, à la création et à la société. Marie-Eugénie était convaincue que l'éducation devait former des personnes capables de porter l'esprit du Christ là où elles vivraient et agiraient, en devenant présence d'espérance et de réconciliation au milieu du monde.

C'est pourquoi elle insistait sur une foi dynamique, une foi qui éclaire le jugement, oriente les affections et donne de la cohérence à la vie. Elle ne voulait pas de croyants qui séparent la foi de la réalité, mais des hommes et des femmes capables de comprendre leur temps, de l'aimer profondément et de le transformer à partir de l'Évangile. Elle-même affirmait que son regard était fixé sur Jésus-Christ et sur l'extension de son Royaume, convaincue que l'éducation était l'un des chemins privilégiés pour collaborer à cette œuvre.

La tradition éducative de l'Assomption a maintenu vivante cette conviction : éduquer, c'est participer à la construction du Royaume et accompagner les personnes pour qu'elles découvrent la présence de Dieu dans leur propre histoire. L'éducation devient ainsi un acte d'espérance et une manière concrète de s'engager pour la justice, la fraternité et le bien commun.

Il est significatif que les réflexions du pape Léon XIV lors du Jubilé du Monde éducatif semblent dialoguer avec cette même intuition. Le Pape a souligné quatre piliers fondamentaux pour l'éducation chrétienne —l'intériorité, l'unité, l'amour et la joie— et a rappelé que le véritable apprentissage naît de la rencontre personnelle, qu'éduquer est bien plus que transmettre des contenus, et que l'enseignement ne peut fleurir que lorsqu'existe une relation authentiquement humaine entre l'éducateur et l'élève.

Ces paroles prennent une importance particulière à un moment où l'intelligence artificielle transforme profondément notre manière d'apprendre, de communiquer et d'accéder au savoir. Le pape Léon XIV reconnaît la valeur de ces outils et les possibilités qu'ils offrent pour le développement humain, mais il met aussi en garde contre le risque d'une éducation de plus en plus froide, standardisée et impersonnelle. L'intelligence artificielle peut offrir de l'information, mais elle ne peut remplacer le regard d'un maître qui encourage, l'écoute de celui qui accompagne une recherche intérieure, la patience de celui qui aide à se relever après un échec, ni la joie partagée qui naît d'une véritable communauté éducative.

C'est précisément ici que nous trouvons l'un des plus grands apports de Marie-Eugénie pour notre temps. Elle a compris qu'éduquer est une tâche profondément humaine et profondément évangélique. Elle savait qu'aucune méthode, si innovante soit-elle, ne peut remplacer la formation du cœur. Avant d'enseigner, il faut se rencontrer ; avant de transmettre des connaissances, il faut éveiller le désir de la vérité ; avant de préparer à la réussite, il faut aider à découvrir une raison de vivre et de servir.

Dans nos classes et nos communautés, cela exige bien plus que des méthodes pédagogiques efficaces. Cela exige des éducateurs qui vivent eux aussi un processus continu de transformation personnelle, car nul ne peut éveiller chez les autres ce qu'il ne cultive pas en lui-même. Éduquer, c'est avant tout se laisser éduquer par Dieu chaque jour ; c'est apprendre à regarder chaque enfant et chaque jeune avec espérance, en reconnaissant en eux une promesse de Dieu pour l'humanité.

Cela suppose aussi de reconstruire les liens entre l'école, la famille et la société, car aucune institution ne peut éduquer seule. La mission éducative requiert une véritable communauté qui accompagne, écoute et soutient les nouvelles générations ; là où existent des relations authentiques, les jeunes trouvent des racines pour grandir et des ailes pour rêver.

Dans une société marquée par la hâte, la compétition et l'individualisme, continuer d'affirmer que chaque être humain est fils et fille de Dieu et qu'il est appelé à transformer le monde par l'amour demeure une proposition profondément contre-culturelle. Et c'est précisément pour cela qu'elle demeure révolutionnaire. L'éducation inspirée de l'Évangile continue de nous inviter à croire que la fraternité est possible et que l'histoire peut être transformée par des personnes qui vivent dans la vérité, la justice et la miséricorde.

La mission éducative de l'Assomption continue de nous inviter à croire qu'un autre monde est possible : un monde plus humain, plus fraternel et plus évangélique. Un monde qui commence à se construire, silencieusement, chaque fois qu'un éducateur ouvre des espaces d'intériorité, renforce les liens, enseigne avec amour et transmet l'espérance.

Car éduquer n'est pas seulement enseigner. Éduquer, c'est collaborer humblement à l'œuvre créatrice de Dieu et aider son Royaume à continuer de grandir dans le cœur des personnes et dans l'histoire.

Références bibliographiques

Claire Madeleine, r.a. (1971). La pensée de Mère Marie-Eugénie sur notre mission éducatrice. Religieuses de l'Assomption.

Congrès international d'éducation de l'Assomption. (2018). L'éducation transformatrice à l'Assomption. Document-cadre du Congrès international d'éducation des Religieuses de l'Assomption.

Léon XIV. (2025). Magnifica Humanitas : sur la dignité humaine, l'éducation et les défis de l'intelligence artificielle dans le monde contemporain. Libreria Editrice Vaticana.

Léon XIV. (31 octobre 2025). Discours aux participants au Jubilé du Monde éducatif. Vatican Media.

Marie-Eugénie de Jésus. (19 juillet 1842). Lettre au P. Emmanuel d'Alzon. Dans Claire Madeleine, r.a., La pensée de Mère Marie-Eugénie sur notre mission éducatrice (1971). Religieuses de l'Assomption.