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Lectio Pâques 2020 Mt 28,1-10

L eventvendredi 18 septembre 2020

Le récit de Matthieu nous fait entrer dans la joie de Pâques à travers deux visions contrastées. Au début une série de phénomènes extraordinaires : tremblement de terre et descente foudroyante de l’Ange du Seigneur. Ensuite une rencontre intime et comme amicale entre le Ressuscité et les femmes.

Deux faces du même mystère et deux faces de notre expérience de Foi. Le genre littéraire apocalyptique adopté par Mt, comme lors de son récit de la mort du Christ, peut nous dérouter. Mais il était familier pour ses lecteurs, habitués aux textes du même genre présents dans les prophètes (surtout Ez, Dn et Za) et dans la littérature religieuse juive intertestamentaire. On en trouve aussi des exemples dans le NT, comme les récits de la Transfiguration ou de la vocation de Saul, et bien sûr dans l’Apocalypse. Quand ce style est utilisé, il ne faut pas chercher une description évènementielle de style reportage, mais la visualisation d’un évènement qui déborde autant l’intelligence que les sens ou l’imagination humaine : ici la rencontre avec le Ressuscité, l’irruption du Dieu vivant qui se rend présent à sa créature. « La résurrection du Christ est comme une éruption de volcan : elle nous montre que le feu de Dieu brûle déjà à l’intérieur du monde » (K. Rahner). Une porte s’ouvre sur un monde nouveau, il se fait une re-création (symbolisée par le tremblement de terre). L’évènement est indescriptible, ce que symbolise la quasi-mort des gardes, censés être témoins.

Comment ces images d’ébranlement cosmique et d’apparitions fulgurantes peuvent-elles nous rejoindre ? Elles nous rappellent que la Résurrection de Jésus est un acte de Dieu qui relève son Fils et détruit la puissance de la mort : la pierre est roulée, l’Ange du Seigneur, représentant Dieu lui-même, s’assied dessus. La mort est vaincue. Et ces images nous invitent aussi à l’adoration qui est à la fois un élan du cœur et un agenouillement de l’intelligence.

Cet élan et cet agenouillement, nous les retrouvons dans la deuxième partie de l’évangile. Les femmes se prosternent devant Jésus. Elles sont encore pleines de crainte révérencielle, cette émotion qui accompagne toujours dans la Bible l’expérience du surnaturel. Elles ont vu un ange, ce qui n’est déjà pas mal… et voici que Jésus lui-même vient à elles ! La crainte fait place à la douceur et à la joie. « Je vous salue », leur dit Jésus, tout simplement, et il se laisse toucher par elles, accueillant l’expression de leur amour et de leur vénération. « Soyez sans crainte, allez annoncer… ». Ces femmes, qui comptent si peu dans la société de leur temps, les voilà chargées de mission, apôtres des apôtres comme dit la tradition. Et nous ? Accueillons nous aussi le don de cette rencontre qui se passe sans bruit, sans éclat, dans le secret du cœur. Reconnaissons Jésus qui vient à nous, lui qui sait notre faiblesse et le désarroi qui nous guette en ce temps de pandémie. Il ne fait pas de discours, il nous dit amicalement : « je te salue ». Recevons de lui la consolation et en même temps l’envoi vers nos frères qui nous fait porteurs d’espérance.

 

Benedicte