local_offer Spiritualité

Le mystère de l'Assomption, clé de notre identité et de notre vocation

L eventvendredi 14 août 2026

Le 15 août, nous célébrons la fête de l'Assomption de Marie. Le pape Pie XII, en 1950, a défini ce mystère comme une vérité de foi, affirmant que la Vierge, « ayant achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée en corps et en âme au ciel ». De nombreuses paroisses et villes du monde commémorent cette solennité. Nous aussi, Religieuses et amis de l'Assomption, célébrons cette fête avec une grande joie.

En cherchant son origine, on constate qu'en réalité le Nouveau Testament ne dit rien sur la fin de la vie de Marie. Certaines traditions anciennes ont estimé qu'elle avait connu une mort naturelle ; d'autres, qu'elle était morte martyre ; d'autres encore, qu'elle n'était pas morte, mais avait été élevée au ciel comme le prophète Élie. Dans l'Église orientale, on parle d'une « dormition », c'est-à-dire qu'elle s'endormit et fut élevée au ciel sans connaître la mort. Le magistère de l'Église affirme que « puisque le Christ est mort, il serait difficile de soutenir le contraire en ce qui concerne sa Mère »[1] ; autrement dit, Marie a partagé la mort en parfaite communion avec le Christ, qui a ainsi accompli le mystère de la Rédemption.

Mais, au-delà d'expliquer matériellement comment s'est accompli le passage de Marie à la plénitude de Dieu, laissons-nous inspirer par le sens de ce mystère.

Sainte Marie-Eugénie, à la suite du Père Combalot, a vu notre œuvre éducative comme la mission d'« élever » la femme par l'éducation. De fait, en français, « éduquer » se dit aussi « élever ». Cela signifie que, au-delà des apprentissages propres à l'école, notre éducation vise à ce que les jeunes prennent de la hauteur par rapport aux intérêts autoréférentiels et mesquins ; qu'ils apprennent largement, se passionnent pour les grandes causes de l'Humanité et — à partir de ces principes et de ces convictions — s'engagent à changer quelque chose dans leur petit rayon d'action. Cette action éducative est intégrale : elle veut transformer l'intelligence, les affections et la volonté, c'est-à-dire la tête, le cœur et les mains qui se mettent à l'œuvre. C'est une tâche colossale qui implique des processus de conversion, de transformation et d'humanisation[2], d'abord chez les éducateurs, qui pourront ainsi inspirer et accompagner, en étant témoins et points de référence.

L'un des grands moyens que Marie-Eugénie suggère pour vivre ces processus est l'intériorisation et la contemplation des évangiles, en parcourant avec Marie les mystères de son Fils :

Accompagnez Marie au Calvaire, au tombeau, à la Résurrection, à l'Ascension. Efforcez-vous de comprendre les sentiments qu'elle éprouvait pour Jésus dans ces divers mystères. Priez-la afin qu'elle forge en vous ces sentiments.

Qu'elle vous aide à comprendre ce qu'est un amour fidèle, passionné et généreux, plein de foi et d'attention à la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, à son enseignement, à sa parole, à ses intérêts, à sa gloire. Qu'elle puisse ainsi vous inspirer et faire qu'Il se forme en vous.

Qu'elle vous aide à comprendre tout l'amour et la consolation que Jésus a trouvés en elle, car notre Seigneur a trouvé une grande consolation dans le cœur de sa mère[3].

Marie est donc notre compagne de route, celle qui nous offre des clés de compréhension de l'identité et de la mission de son Fils, afin que notre vie se configure à la sienne. En ce sens, elle est notre modèle, car, en accompagnant la croissance et la maturation de Jésus, en comprenant peu à peu — entre joies, désarrois et douleur — le chemin de Jésus, elle se laisse configurer à Lui et assume son destin rédempteur. Elle accompagne les disciples aux commencements de l'Église, devenant mère de tous, apôtre et témoin. Ainsi s'accomplit son propre chemin humain de transfiguration et d'assomption.

Ces processus de conversion, de transformation et d'humanisation que nous sommes appelés à vivre comme « enfants de l'Assomption » ont des conséquences pratiques dans notre personne et dans notre vie. Marie-Eugénie nous l'explique dans ses enseignements sur le détachement joyeux[4] :

La Très Sainte Vierge, qui s'élève au-dessus de la terre, nous appelle à nous élever avec elle, à mettre en Dieu nos pensées et nos affections. Tout notre esprit conduit à un détachement joyeux, à nous élever au-dessus des souffrances et des difficultés, sans nous arrêter aux plaintes, sans y perdre de temps, en tirant de ce qui arrive le meilleur parti possible pour Dieu et sa gloire.

Le mystère de l'Assomption est notre destinée finale et le phare qui nous montre le chemin. Il nous invite à sortir de notre perspective autoréférentielle, à prendre de la hauteur sur ce qui n'est pas essentiel, à transformer nos vieilles habitudes et nos paradigmes inutiles, à relativiser ce qui nous angoisse et nous contrarie, assurés que toute circonstance nous offre l'espace idéal pour développer les vertus qui comptent vraiment : la patience, la foi, la sagesse et la compassion. Ainsi nous devenons « fidèle image du Christ »[5].

Marie-Eugénie nous rappelle, dans ce texte sur le « détachement joyeux », que nous ne pouvons pas nous replier sur nous-mêmes quand le rendez-vous de l'histoire nous attend. Notre témoignage et notre créativité sont fondamentaux aujourd'hui pour la cause de la paix, du soin de la vie et de la construction d'« un état social où rien ni personne n'ait à subir l'oppression d'un autre »[6].

La fête de l'Assomption nous met au défi et nous inspire à la joie et à l'espérance. Marie vit déjà ce que chacun de nous poursuit tout au long de son existence : la plénitude et le bonheur partagé avec tous en Dieu.

Ana Sentíes, r.a. Communauté d'Águilas. Équateur-Mexique

Notes

  1. Saint Jean-Paul II, Audience générale du 25 juin 1997.
  2. Cf. Document pré-capitulaire sur l'Éducation transformatrice, 2006.
  3. Instruction capitulaire « Aimer et imiter Marie, notre Mère », 14 novembre 1875.
  4. Cf. Sainte Marie-Eugénie, Instruction de chapitre sur « Le détachement joyeux ».
  5. Texte de sainte Marie-Eugénie, 1858.
  6. Lettre au P. d'Alzon du 12 mars 1844.