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Pétrir l’espérance : l’éducation « artisanale » de notre temps

P eventjeudi 5 novembre 2026

Nous vivons à un rythme accéléré, habitués à l’immédiateté et à chercher des résultats rapides dans presque tout ce que nous faisons. Les élèves arrivent parfois en classe pris dans cette même dynamique : submergés par l’environnement numérique, pressés de voir des résultats instantanés et avec une énorme difficulté à gérer la frustration ou l’attente. Nous le voyons chaque jour dans des détails aussi ordinaires que cet élève qui soupire, désespéré, parce qu’il ne réussit pas son problème de mathématiques du premier coup, ou, à la maison, parce que l’écran ne se charge pas aussi vite qu’il le voudrait.

Au milieu de ce vertige quotidien, l’école risque souvent de devenir une course permanente contre la montre. Pour le dire par une image, éduquer vraiment à l’Assomption ressemble bien plus à la fabrication artisanale du pain qu’à une chaîne de production industrielle. Quiconque s’est un jour aventuré dans le monde de la boulangerie sait qu’il n’existe aucun raccourci : il faut mélanger de bons ingrédients, soigner les proportions et, surtout, laisser la levure agir et la pâte reposer tranquillement.

Pétrir avec patience

Ce défi n’est pas propre à notre XXIe siècle. Déjà dans ses anciens écrits sur l’éducation (comme les précieux conseils qu’elle a laissés dans les écrits des débuts de la fondation, vers 1842), Marie-Eugénie mettait précisément en garde contre cela. Elle insistait sur le fait que l’enseignement ne pouvait se contenter de reproduire des modes superficielles ni se plier aux exigences mondaines ou passagères du moment. Pour la fondatrice, former les jeunes exigeait un travail constant et patient sur l’intelligence et la volonté, en fuyant l’éphémère pour façonner des convictions profondes. De même que le bon pain demande un savoir-faire expert, affectueux et constant pour prendre de la consistance, éduquer demandait de savoir intervenir avec fermeté et délicatesse au plus intime de chaque élève.

La main à la pâte

Mettre cela en pratique au quotidien, c’est au fond mettre « la main à la pâte ». Nous le vivons en classe, dans ces heures de tutorat et ces temps de vie commune où nous ralentissons le rythme pour apprendre à entrer en relation, dans le coin des émotions pour nous arrêter, respirer et nous écouter intérieurement, ou dans ces moments d’intériorité à l’Espacio Adora (notre lieu consacré à la prière et à la rencontre avec Dieu). Parfois, il faut pétrir avec une patience infinie lorsqu’un élève est démotivé, ou laisser reposer les conflits en leur offrant des espaces de calme et d’écoute véritable. Il ne s’agit pas de façonner les élèves selon nos attentes d’adultes, mais d’orienter leur envol, en faisant confiance à l’immense potentiel que chacun porte en lui.

Une communauté qui pétrit ensemble

Cette manière de comprendre la vie s’étend bien au-delà des murs de la classe grâce à la belle et étroite relation qui caractérise toute notre communauté éducative de l’Assomption. C’est l’esprit que nous respirons ensemble, par exemple, lors d’un après-midi de conseil des professeurs où, enseignants et personnel non enseignant, nous nous regardons dans les yeux, échangeons et parvenons à des accords pour continuer à progresser, ou l’élan qui anime les groupes d’Asunción Joven (notre mouvement de loisirs où les enfants et les jeunes trouvent un espace de détente sain, joyeux et partagé en communauté).

Ce même soin et ce désir de grandir ensemble se reflètent dans des espaces comme Asunción Familias, un lieu de rencontre où nous, parents et professeurs, réfléchissons et partageons les défis de la parentalité et de l’éducation dans la proximité. Et cela bat aussi avec force dans les groupes de Mission partagée, qui réunissent toute la communauté éducative pour vivre ensemble, marcher côte à côte et faire vivre le charisme.

Le four des temps difficiles

C’est ici qu’entre en jeu le véritable moteur de l’Assomption : ce que nous appelons l’« optimisme surnaturel ». La pâte crue est molle, elle ne se mange pas et doit passer par la chaleur du four pour prendre de la consistance. Les temps difficiles, les années scolaires compliquées, les passages à vide des élèves ou la fatigue des enseignants eux-mêmes sont ce four nécessaire. Sans les difficultés et sans l’effort, le pain ne lève pas de la même façon.

L’optimisme de Marie-Eugénie était la conviction profonde que chaque petit effort quotidien a un sens et qu’en mettant la main dans la main de Dieu, l’histoire et les classes peuvent être transformées. Éduquer en des temps difficiles est, en définitive, un acte de foi et d’artisanat quotidien. C’est croire que chaque petit ingrédient, simple mais pétri avec amour dans nos classes et dans nos familles, est capable de continuer à transformer le monde.

Et vous, quel ingrédient particulier vous proposez-vous de pétrir aujourd’hui avec patience dans votre quotidien pour transformer votre classe ou votre foyer ?

 

Marta Buzón Guerra