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Trésors d'Archives n°10 - La fondation de Tchirozérine (NIGER)

T eventlundi 6 décembre 2021

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La fondation de Tchirozérine (NIGER)

« Petites rivières » de partage en plein désert

TRESOR D’ARCHIVES n°10

Sur le territoire immense du Niger (1.287.000 km2), habité par 4 ethnies (les Haoussas, les Djermas, les Sonraïs, les Peuls), le christianisme fit son apparition en 1931 à travers le Père Faroud, des Missions Africaines de Lyon. Les Petites Sœurs de Jésus y arrivèrent en 1953. En 1961 le Père Jean Ploussard (dont les carnets de route sont devenus célèbres) s’installe sous la tente, parmi les Touaregs, à Tchirozérine (« les petites rivières »). Ecole, petit dispensaire, dortoir : tout est sous la tente ! Il meurt, en février 1962, sans réaliser tous ses projets, mais ceux qui en étaient les bénéficiaires prennent le relais : « Moussa continue à instruire les enfants sous l’arbre-école, Tambo à veiller sur les huttes et le jardin-pilote, Awatay à piler leur mil à tous ». En 1965, Mère Marie Denyse fera un voyage de reconnaissance : des jeunes sœurs étudiantes à l’Université Catholique de Paris, « appelées » par l’ancien conseiller spirituel du Père Ploussard, avaient rejoint la Supérieure Générale dans sa passion pour les missions en transmettant l’appel. Elle va découvrir Niamey, Agadez, Tahoua (son avion étant pris dans une tempête de sable), Tchirozérine, Zinder (après un voyage de 950 km sur les pistes). Les fondations à Tchirozérine, Tahoua et Zinder, en 1966, naîtront de cette première exploration. Ce Trésor d’Archives présente quelques extraits d’un récit de fondation écrit par Sœur Anne-Eugénie Langlois, canadienne, décédée en 2012 à l’âge de 91 ans. Ce texte a été rédigé en 2002, sur la demande des sœurs de sa communauté. On peut le trouver en intégralité sur le site de la Congrégation.

 

Extraits du récit de la fondation de Tchirozérine

Par Sr Anne-Eugénie de la Mère de Dieu

« La fondation

Pour la fondation de Tchirozérine, 4 sœurs sont demandées : sr Anne de Marie Immaculée, française, sr Anne Eugénie, canadienne, sr Marie Bosco, rwandaise, et sr Carmen Luz, espagnole (…) Le 19 janvier 1966, après la messe solennelle d'envoi missionnaire, célébrée par le père Rey Mermet, auteur de la publication des « Carnets de route » de Jean Ploussard, 3 des fondatrices (Anne de Marie Immaculée, Anne Eugénie et Marie Bosco) s'envolaient pour le Niger. A 5h30, le 20 janvier, un jeudi, nous récitions les Laudes et sous un ciel étincelant, c'est avec émotion que nous récitions les paroles du psaume : « Il compte le nombre des étoiles, et donne à chacune un nom » (Psaume 147). A 6h, notre avion se posait sur la piste et ce fut la surprise de sentir cet air chaud, il faisait bien 30° au moins ! Mgr Berlier était là, avec sa jovialité toute fraternelle, et il nous conduit chez les sœurs de Notre Dame des Apôtres, voisines de l'évêché, où nous allions loger en attendant l'arrivée de sr Carmen Luz quelques jours plus tard. Dans la journée même, Mgr nous fait visiter la ville de Niamey qui compte 60.000 habitants, « tous des fils de Dieu », nous dit-il. Nous faisons connaissance avec les sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie qui nous ont précédées de quelque mois, puisqu'elles sont là depuis septembre 1965. Elles ont la responsabilité des divers services de l'hôpital, ainsi que la formation des infirmiers. Après entente avec sr Christiane, responsable, il est convenu qu'Anne Eugénie fera un stage de 6 semaines à Niamey, à l'hôpital et dans les différents dispensaires de la ville qui sont sous la responsabilité du Dr Caba, médecin dahoméen

Après l'arrivée de Carmen Luz, Anne de Marie Immaculée et Marie Bosco partent avec elle, par avion, en direction d’Agadez. Là le père Grenier leur a loué une maison voisine de la mission. Elles s'appliquent à l'étude du Tamachek avec les Petites Sœurs de Jésus, spécialement petite sœur Jeanie Marthe qui connaît tous les secrets de cette langue.

Enfin le moment est arrivé de la vraie fondation ! Les sœurs se retrouvent toutes à Agadez, et c'est le 25 mars 1966 que le père Grenier les amène dans sa vielle jeep de l'armée. C'est la joie complète. Le père Monnet et le frère Louis ont tout prévu : la tégira-chapelle a été refaite à neuf, une belle tente a été montée par les femmes de la vallée, puisque la tente, c'est l'affaire des femmes. Une petite tégira-cuisine et une plus grande avec 3 lits de fer récupérés à la section militaire d'Agadez, pour les 3 sœurs. Comme il se doit, Anne de Marie Immaculée habitera la tente qui servira aussi de réfectoire et de salle communautaire. Nous allons chercher l'eau au puits du jardin pour la cuisine et la lessive. Le nouveau dispensaire est en construction et en attendant, Anne Eugénie soignera les gens et les enfants dans le 4ème appartement de la maison des maîtres, puisqu'ils ne sont que 3 encore. L'école compte 150 élèves à peu près, et 5 classes (CI, CP, CE1, CE2 et CM1). Ce sont les grands CM1 qui viennent tout joyeux faire les interprètes de sr Anne Eugénie avant et après l'école. Mais le Père Yakhia et le frère Louis viennent aussi volontiers faire un tour, puisque ce sont eux qui assumaient cette tâche avant notre arrivée.

 

L'inauguration

Enfin, le 8 juin, c'est l'inauguration officielle du beau dispensaire, entièrement équipé grâce a la générosité de la communauté de Bordeaux, des élèves et des amis de cette maison. Comme c'est la coutume dans nos pays de mission, toutes les autorités civiles ont été invitées, ainsi que le Père et les Petites Sœurs d'Agadez, Azzel et  Kerboubou. Des centaines de chameliers avec leurs harnachements de fête, des femmes dans leurs plus beaux atours, mobilisées pour frapper le Tendé qui fera courir les chameaux dans une fantasia superbe. Toute la vallée est là au grand complet. Des moutons rôtissent pour un méchoui qui régalera tout le monde. Discours, bénédiction par le Père Yakhia et visite des lieux sont de convenance, et la fête se poursuit jusqu'au soir. Personne ne l'oubliera !

Puis nous visitons les campements et commençons parler de l'école pour les filles et de l'internat qui sera dans notre campement au bord de l’Oued. Une tégira est construite et dès la rentrée d'octobre, 8 petites filles aux longues tresses et au regard clair sont là, c'est le premier petit noyau dont Carmen Luz sera chargée, tandis qu'Anne de Marie Immaculée prendra en charge la classe des C.P. Les choses iront assez rapidement et nous compterons l'année suivante une vingtaine d'élèves, il faudra songer à construire.

 

Inculturation

Un jour, Tambo dit à Yakhia : les sœurs devraient prendre des noms de chez nous. Pour la sœur responsable, c'est facile, elle s'appelle Anne, et chez nous, la mère c'est Anna. Elle n'a qu'à prendre ce nom qui reste comme le sien. Marie Bosco, il n'y a pas de problème, elle s'appellera Mariama, c'est un nom de chez nous. Carmen, c'est facile, les gens aiment bien, mais la sœur du dispensaire, son nom est trop compliqué pour nous. Il ne peut pas y avoir 2 Anna, ce n'est pas possible, mais si elle voulait on l'appellerait Tan Elher, c'est un nom bien de chez nous, et pour le travail qu'elle fait, ce serait bien : Tan Elher, « celle de la paix », « celle du bien ». Après nous avoir fait part de ce désir, les sœurs étant d'accord, nous avons adopté ces noms à Tchirozérine, et dans tout le Niger on nous appelait toujours ainsi.

 (…) A la fin de l’année scolaire 1968, nos deux plus jeunes sœurs nous quittaient, Mariama pour poursuivre des études secondaires dans notre collège Fatima de Zinder, et Carmen pour rentrer en Europe. Nous ne resterons que deux sœurs. Heureusement, Sr Carmen Isabel, espagnole, nous fut envoyée pour aider au dispensaire qui était toujours très fréquenté (…) Le recrutement des filles allait bien, surtout depuis que le frère Jacques avait terminé la construction de l'internat des filles : un grand dortoir, une salle de travail et de jeu, la chambre de la responsable d'internat et 12 douches et toilettes. C'est Tan Elher qui sera chargée de cet internat, et les vacances se passent à coudre pagnes et petits corsages pour les 25 filles annoncées, ainsi que culottes et boubous pour les garçons : on en attend 250, et tous recevront leurs vêtements de drill solide et couleur uniforme pour tous (…)

En 1968 commence également la grande famine qui durera 7 ans et décimera une grande partie des troupeaux, réduisant les Touaregs à la plus grande misère (…) L'année scolaire débute le 1er octobre et la plupart des enfants sont là, 250 garçons et   25 filles. Anna enseigne aux petits, Carmen et Tan Elher se partagent le dispensaire en attendant que Carmen ait assimilé quelques rudiments de Tamachek et pris connaissance avec la population (…)

Avec tant d'enfants, il est inévitable que nous ayons des périodes assez difficiles, par exemple lorsque les oreillons frappent une soixantaine de nos garçons. Il faut les isoler 8 à 10 jours dans une petite cuvette toute proche, ce qui permettra de surveiller les autres qui voudraient visiter les camarades et qui ne comprennent pas qu’on les en empêche. Aller porter la nourriture aux malades, faire leur lessive sur place et aider aux devoirs et leçons des moins fatigués, ce sera la tâche des Sœurs. De même, lorsque la rougeole atteindra à son tour filles et garçons, et qu'on ne peut les isoler en brousse à cause du soleil dont il est important de les protéger. Heureusement aucun ne gardera de séquelles et ils reprendront vite leurs classes et la vie du groupe avec les autres.

 

Engagements

(…) En 1969, nous avons la chance d'accueillir une AMA, Yveline Claude, qui vient aider pour l'école. Elle s'adapte très vite et les enfants l'aiment beaucoup. Ils lui ont donné le nom de Fatima et viennent bien librement causer et jouer avec elle. Elle a installé sa tente à l'autre bout de la concession des Sœurs (…)

 

1970-1971 : construction de la chapelle

 Un autre événement important de cette année 1970 sera le commencement de la construction d'une chapelle en banco par le OPP-Bernard. Le site a été choisi sur la colline à mi-chemin entre le campement des Sœurs et l'internat des filles. Le frère a mis toute son ingéniosité et son talent à fabriquer de jolies fenêtres artistiques et un beau vitrail avec des verres de couleur qu'il a cassés et enchâssés avec gout dans un cadre de ciment. Des Touaregs ont été demandés pour préparer les briques de banco et la nouvelle chapelle sera prête pour le 25 mars 1971, 5ème anniversaire de l'arrivée des sœurs à Tchirozérine… »

 

Le récit de fondation des autres communautés du Niger est à lire sur le site Assumpta.org dans la rubrique « Archives du 21ème siècle », sous le titre : « Niger - Récit de la fondation »

Vous y découvrirez d’autres documents en utilisant le mot-clé « NIGER », en particulier le récit d’une traversée du désert effectuée par Sr Anne-Eugénie pour rejoindre sa sœur jumelle, sœur de Notre Dame d’Afrique.

Que cette lecture et ces témoignages émouvants encouragent les sœurs missionnaires à envoyer leurs récits aux Archives de la Congrégation soient sous forme de témoignages, de souvenirs ou de flashes, qu’ils soient manuscrits, digitalisés, filmés ou enregistrés !

 

Document présenté par Sœur Véronique Thiébaut, Archiviste de la Congrégation

Janvier 2021