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5ème dimanche de Pâques

5 eventvendredi 18 septembre 2020

Les textes du jour présentent des attitudes qui ont pour points communs de relever d’un manque de foi ou du soupçon. Les Actes des Apôtres racontent une dispute qui surgit entre deux groupes en tension, les Hébreux et les Hellénistes, ayant chacun leurs veuves. Ces deux groupes de croyants ne soient pas imperméables. Mais, étant donné que les uns sont « hébreux » de langue et de culture, originaires de Palestine, et les autres de langues et de culture hellénistiques, et venant de la diaspora, des différences existaient dans le rapport au culte ou aux institutions religieuses. Les différences trop souvent engendrent la peur et la défiance. En l’occurrence, un conflit surgit avec la plainte des hellénistes dont les veuves sont négligées dans le service quotidien. Ces derniers « récriminent », car étant minoritaires, ils se sentent victimes de discrimination. Le conflit se résout avec la proposition d’inaugurer, au côté du service de la Parole, celui de la charité. Trois critères sont retenus pour choisir ceux qui auront à organiser ce service : avoir une bonne réputation, vis-à-vis de l’extérieur ; être plein d’Esprit, car ce service se référera à l’Évangile ; et plein de sagesse, pour gérer la communauté.

Dans l’Évangile, Jésus prononce une sorte de discours d’adieu, la veille de la Passion. Nous pourrions être étonnés de l’entendre en temps pascal. C’est que ce discours concerne l’avenir, Jésus révélant aux siens comment ils resteront en communion avec lui et comment il les entrainera à sa suite vers la Pâque définitive. « Ne soyez pas bouleversés... », telles sont les premières paroles que Jésus leur adresse, une invitation à ne pas laisser leurs cœurs être troublés. Or, parce qu’ils connaissent les textes du prophète Isaïe, les disciples savent bien que la peur est à l’incrédulité ce que la paix est à la foi. D’ailleurs Jésus poursuit en demandant : « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Il désire réconforter ses disciples en se révélant « chemin, « vérité » et « vie ». Jésus ne dit pas qu’il va montrer le chemin mais qu’il est le chemin, parce qu’il est la vérité et la vie.La seule chose qu’il demande c’est de croire en lui, de s’attacher à lui avec confiance.

Dans la situation de crise que nous traversons ces textes prenent une résonance particulière. Nous avons de quoi être troublés et bouleversés. Les récriminations ne manquent pas de s’élever contre les pouvoirs politiques ou ceux qui ont à gérer, à quelque niveau que ce soit, ce moment difficile. Nous ne pouvons pas ne pas être inquiets, à l’échelle de l’humanité, pour l’avenir. Et pourtant il nous faut entendre la grande promesse que Jésus nous adresse et que rappelle ce verset de l’Exultet : « demain se lèvera l’aube nouvelle d’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils ! » Envers et contre tout, nous sommes appelés au courage d’espérer, à une sérénité qui libère et fait que rien dans le monde ne suscite en nous une crainte désespérée, ni la puissance du mal, ni la mort personnelle (et ses nombreux signes précurseurs), ni non plus une catastrophe à grande échelle. Cette sérénité n’empêchera pas l’inquiétude, ni le devoir d’agir : elle tient au fait que la grande promesse de Dieu, selon laquelle tout ce qui est créé sera libéré un jour de façon définitive de sa caducité, de l’ombre de la mort et de l’anéantissement qui sont propres à chaque être, ne peut être remise en cause par quoi que ce soit.

Il y a un appel pour nous à vivre d’une confiante intranquillité. L’intraquillité nous oblige à agir et à nous engager. Mais parce que nous sommes chrétiens elle ne peut que s’allier à une attitude profonde de confiance et d’espérance. Les mots du psaume nous en dessinent l’itinéraire : « hommes droits à vous la louange », la reconnaissance que Dieu est Dieu ; « Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ; il est fidèle en tout ce qu’il fait », il ne peut renier sa promesse ; « Dieu veille… pour libérer de la mort », telle est notre foi.

 

Sophie Ramond