À un moment de ta vie, tu t’es peut-être demandé ce qui donne sens à ce que tu fais chaque jour, aux projets et aux rêves que tu as tracés. Peut-être aujourd’hui est-il le moment opportun de faire une pause et d’écrire, dans le livre de ton histoire personnelle, le sens profond de tes inspirations, celui qui soutient le désir de préserver ce que tu aimes malgré les difficultés. L’existence de l’être humain est un don de Dieu (cf. Colossiens 1,16) : « car en lui ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances : tout a été créé par lui et pour lui… » ; par sa Parole, toutes choses ont été faites. Sainte Marie Eugénie le rappelle de manière profonde lorsqu’elle dit : « sous la Parole de Dieu, il y a Dieu lui-même ». Cependant, notre vie trouve son sens lorsque nous la confions entre les mains de Notre Seigneur Jésus-Christ, lui qui est l’inspiration de nos rêves.
Sainte Marie Eugénie a elle aussi nourri des rêves ; l’un d’eux était « de faire de cette terre un lieu de gloire pour Dieu », une société transformée par l’Évangile, où chacun ait sa place au banquet de l’amour. Engagés comme Jésus, nous sommes appelés à relever le défi de nous incarner dans cette réalité où il n’y a ni trophées ni applaudissements, mais le don d’être libres et d’aller à la rencontre des autres, afin de créer ensemble des espaces plus fraternels et plus sensibles à la souffrance de nos frères. Cela n’est possible que lorsque nous laissons le regard de Dieu accompagner notre petitesse.
Tout au long de l’histoire et par la foi en Dieu, nous comprenons que la vie consacrée est un don de l’Esprit pour la vie de l’Église ; c’est sa grâce qui dynamise nos communautés religieuses et nous pousse à garder le regard fixé sur Jésus-Christ. La consécration comporte des renoncements exigeants : « J’aime le Père, je fais toujours ce qui lui plaît » (cf. Jn 14,31 ; 8,29). C’est le chercher en communauté, ne regarder que lui, nourrir ensemble le « oui » qui se renouvelle chaque matin par la prière. « Il nous a appelés par notre nom, il nous a prédestinés de toute éternité pour être à lui ; nous devons faire quelque chose pour que cela advienne ». Ainsi, la pleine joie des femmes et des hommes qui consacrent leur vie à Dieu dans la simplicité jaillit de l’expérience de se savoir aimés du Père ; en toute conscience et en liberté, ils font confiance à la fidélité qui soutient et accompagne leur vie donnée, devenant un signe visible du Royaume de Dieu présent sur la terre à travers des gestes simples : un regard, un sourire, une poignée de main, une étreinte. Des gestes nobles qui marquent l’histoire et confirment qu’une société plus fraternelle et plus juste est possible. Des gestes qui deviennent la trace de Dieu accompagnant l’humanité.
L’amour de Dieu nous presse, car de lui naît le « oui » de la vie consacrée, une réponse qui est écoute de la Parole et réponse libre au projet du Royaume de Dieu. Cela implique d’entrer dans la dynamique des défis de la réalité actuelle. « Dans un monde marqué par l’inquiétude, la joie et la paix d’une communauté sont pour beaucoup une question et deviennent un signe de la présence de Jésus parmi les siens » (cf. R.V. 49). La vie consacrée est faite de communautés, espaces gratuits pour vivre la fraternité et être reflet de l’espérance pour le monde d’aujourd’hui ; un geste humanisant qui permet d’accompagner la vie de l’Église et d’offrir humblement les dons qui se développent au sein de chaque communauté religieuse. Le don total de vivre pour Dieu et pour les autres est un cadeau, dans la confiance qu’il soutient chaque charisme. Nous sommes heureux, car Jésus nous appelle chaque jour par notre nom ; « nous devons répondre à son appel, apprendre à le servir, aux délicatesses de sa compagnie, à vivre intérieurement et extérieurement toutes nos actions, nos pensées, notre conduite ». Ainsi, la joie d’accomplir, sous le regard de Dieu, les petits travaux quotidiens, ouvre un espace à l’humilité, à la simplicité et à la passion pour le Royaume de justice qui habite parmi nous. Il se manifeste dans sa Parole ; de là jaillit tout bien, la bonté même qui est sa fidélité.
La vie religieuse est un espace de louange : « Louez le Seigneur, car il est bon, car éternelle est sa miséricorde » (cf. 1 Chroniques 16,34). Sa bonté ne connaît pas de frontières ; c’est lui qui suscite la créativité afin que, à partir de l’« être » et du « faire » propres aux charismes, se vive un don de soi ouvrant des chemins de communion et de dialogue. « En se donnant sans réserve à Jésus-Christ, les sœurs se donnent inconditionnellement à la construction de son Corps, à la proclamation prophétique de la Bonne Nouvelle et à l’avènement du Royaume » (cf. R.V. 1). C’est vivre dans la confiance et la nouveauté du Père. La vie consacrée est une lumière pour le monde d’aujourd’hui, désireuse de maintenir allumée la flamme de l’amour reçue le jour de notre baptême ; par cela, nous voulons témoigner de la Résurrection du Christ qui habite nos communautés et nous appelle à vivre fidèles à son Alliance.
Sœur Claudia Marilú
Province Amérique centrale-Cuba
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