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L’expérience d’engagement de la province d’Afrique de l’Ouest dans Talitha Kum

L eventmardi 24 novembre 2020

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Talitha Kum est né en 2009 du désir partagé des consacrées de coordonner et renforcer les activités contre la traite des personnes dans les cinq continents. C’est un réseau de réseaux mis en place par l’Union Internationale des Supérieures Majeures (UISG) en collaboration avec l’Union des Supérieurs Généraux (USG). Il soutient toutes les initiatives contre la traite des personnes dans le respect des différents contextes et cultures. Dans l’évangile de Saint Marc (5, 14) quand Jésus dit à la fille de Jaïre qui était sans vie « Talitha Kum », il la prend ensuite par la main, et elle se lève immédiatement et se met à marcher. « Le mot “Talitha Kum” a le pouvoir de transformation de la compassion et de la miséricorde qui réveille le profond désir de dignité et de vie, lequel désir est affaibli et blessé par beaucoup de formes d’exploitation. »[1]

La province d’Afrique de l’Ouest est engagée dans ce réseau au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, dans le diocèse de Bobo Dioulasso à travers Talitha Kum, nous avons vécu plusieurs expériences auprès des migrants et des personnes vulnérables dont la situation de précarité les expose davantage à des trafics humains de toutes sortes. Entre autres activités, des campagnes de sensibilisation sur les conséquences de la migration et du trafic des personnes ont été initiées en divers endroits : établissements scolaires, espaces publiques, paroisses etc. Dans la même dynamique, il y a eu un travail en réseaux avec des structures associatives  et  des ONG , en collaboration avec les agents de la sécurité, pour dénoncer certaines situations avérées de traite de personnes.

A la recherche de meilleures conditions de vie, plusieurs jeunes filles migrent vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Souvent piégées par des réseaux de trafics humains, elles voient leur vie basculer car elles se retrouvent dans des réseaux de prostitution ou « placées » pour travailler alors que quelqu’un d’autre perçoit leur salaire. Grâce à la collaboration entre Talitha Kum Burkina et Talitha Kum USA, plusieurs victimes du Togo et du Niger ont pu être rapatriées dans leur pays d’origine. Une attention particulière est aussi prêtée à la formation professionnelle des victimes en vue de leur autonomie financière et leur réinsertion dans la société. Et quand leur cas est porté devant les instances judiciaires, elle bénéficie d’un accompagnement pour qu’elles soient rétablies dans leur droit.

Pour favoriser une grande visibilité de Talitha Kum, les dates significatives du réseau sont particulièrement célébrées, offrant l’opportunité d’une plus grande sensibilisation. Il s’agit de la fête liturgique de Sainte Joséphine BAKHITA le 08 février qui est la journée mondiale de prière et de réflexion sur la traite humaine. A cette occasion, le 07 février 2020 nous avons organisé une veillée de prière au cours de laquelle des anciennes victimes ont donné leur témoignage. Le 08 février, nous avons célébré l’Eucharistie pour les victimes et pour la conversion de toutes les personnes qui organisent ces trafics. Deux autres dates importantes pour Talitha Kum sont le 30 juillet, Journée mondiale de la lutte contre la traite d’êtres humains et le18 Décembre, Journée internationale des migrants.

« Pour donner la lumière, il faut se nourrir de lumière », nous dit Sainte Marie-Eugénie. En vue de renforcer les compétences des noyaux diocésains de Talitha Kum Burkina, une session de formation a été organisée du 02 au 04 octobre 2020.

En termes de perspectives pour cette année pastorale, Talitha Kum Burkina compte travailler en réseau avec les associations et les ONG pour l’application des lois contre la traite des personnes dans le pays. Il va également renforcer les capacités des victimes et des personnes vulnérables par des prises en charge des frais scolaires et professionnels.

En Côte d’Ivoire, Talitha Kum a vu le jour après la participation de sœur Danièle Rozière de la famille religieuse des sœurs xavières à une session organisée par le Réseau au Burkina. Talitha Kum en Côte d’Ivoire est à ses débuts et nos communautés d’Abidjan y prennent part. Pour le moment, le réseau a réussi à rassembler de nombreuses congrégations pour rendre dynamique Talitha Kum dans ce pays et plus précisément à Abidjan.

La priorité a été donnée à la formation des membres. C’est ainsi que la coordinatrice en collaboration avec un organisme européen a pu obtenu un fond pour la formation de quelques sœurs dans le domaine de l’accompagnement spirituel et psychologique. Talitha Kum Abidjan envisage aussi la construction d’un centre d’accompagnement et d’éducation à la vie. Une session de formation aura lieu du 15 au 20 février 2021 et c’est à l’issu de cette formation que nous envisagerons des activités sur le terrain. Nous avons également impliqué des laïcs dans l’étude du milieu. Avec leur aide, nous avons pu identifier des cas de vulnérabilité dans la ville d’Abidjan : la traite des servantes, le trafic des personnes, la violence sexuelle, la prostitution.

Être membre de Talitha Kum pour travailler à l’arrêt de la traite des personnes dans nos pays d’Afrique de l’ouest est une mission délicate qui nous demande de demeurer dans la Force de Dieu par la prière.

Pourquoi l’engagement de notre province dans Talitha Kum ?

Talitha Kum rejoint notre charisme et notre spiritualité. Nous vivons notre engagement dans ce réseau comme notre réponse à l’appel du chapitre général de 2018 repris dans notre projet de province : « nous engager en Assomption Ensemble pour JPIC-S dans nos petites sphères » en participant concrètement aux différentes sensibilisations sur les réalités de la migration, du trafic humain, de la drogue et des sociétés ésotériques, et ce, pour travailler en réseau en vue de combattre toutes formes d’exploitation. Talitha Kum est un moyen efficace pour la lutte contre le trafic humain puisque les personnes aidées et soutenues retrouvent des chemins de réussite et de bonheur par la grâce de Dieu.

Aussi, cet engagement est une réponse concrète à l’appel du pape François dans Laudato si’ pour une écologie humaine. Partout où la dignité de l’être humain créé à l’image de Dieu est bafouée, nous nous sentons appelés à un engagement incisif pour qu’elle soit retrouvée et respectée.

Les communautés de Bobo Dioulasso-Noviciat (Burkina Faso) et Abidjan-Juniorat (Côte d’Ivoire) pour la Province d’Afrique de l’Ouest.

 

[1] http://www.internationalunionsuperiorsgeneral.org/fr/mission/talitha-kumreseau/