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LA NUIT, L’HUILE ET LE CRI

L eventmardi 24 novembre 2020

Plusieurs paraboles se suivent dans les chapitres 24  et 25 de Mt. Elles ont un point commun : il s’agit de la venue de Celui qui est appelé le Maître, l’Epoux, ou le Fils de l’homme. Sa venue a un caractère de surprise (à l’heure où on ne l’attend pas, après un long temps, au milieu de la nuit) et elle est accompagnée d’un jugement décisif.

La première nous parle d’un serviteur, à qui ont été confiées des responsabilités vis-à-vis de ses collègues, la deuxième de vierges chargées de venir à la rencontre de l’Epoux et la troisième de plusieurs serviteurs à qui ont été remis des talents à faire fructifier. Ces trois paraboles nous parlent du jugement de l’Eglise dans ses différents membres ou ses différents visages. Ensuite vient une prophétie de type apocalyptique où il s’agit du jugement de toutes les nations qui ne connaissent pas le Christ.

Ainsi l’arrivée de l’Epoux, comme le retour du maître dans la parabole qui précède et celle qui suit, ne fait que révéler le comportement d’une communauté et de ses membres pendant le temps de l’attente. C’est alors que se dessine le visage d’éternité des serviteurs ou des jeunes filles.

Les dix vierges, comme les filles de Jérusalem dans le Cantique des Cantique, représentent la communauté ecclésiale vue dans la lumière de la symbolique des noces, symbolique bien présente dans les prophètes pour signifier l’Alliance. Il ne faut pas se scandaliser du prétendu égoïsme des vierges dites sages : une parabole n’est pas une leçon de morale mais une petite histoire dont le but est de nous rendre conscients d’une réalité spirituelle que nous risquons de ne pas voir ou d’oublier. Cette parabole-ci nous livre le sens de la vie terrestre du croyant : au baptême nous avons été fiancés au Christ (cf. 2 Cor 11,2). Ce jour-là un cierge a été allumé pour nous, symbole de la foi déposée en nos cœurs. La vie, c’est ensuite le temps de l’attente, symbolisé par la nuit. Le Christ vient bien des fois nous assurer de sa présence (spécialement par ses sacrements), mais c’est la mort qui sera pour nous le jour des noces, la venue de l’Epoux. Tout au long de sa vie le chrétien vit d’espérance. Il veille dans la nuit et habille son cœur pour le Jour. C’est ce que signifie l’huile des lampes.

Cette période unique que nous traversons maintenant dans la peur, l’insécurité, les souffrances et pertes multiples provoquées tant par la pandémie que par les catastrophes climatiques et le terrorisme, elle est vraiment une longue nuit. Plus que jamais nous sommes appelés à être le visage de l’Eglise qui traverse la nuit en veillant dans l’espérance. Peut-être aussi devons-nous être ce personnage clef de la parabole, qui n’est même pas mentionné mais qu’on entend : celui qui, ne dormant pas, entend les pas de Celui qui vient, le veilleur dont le cri retentit pour réveiller les autres : « Voici l’Epoux ! »

Sr. Bénédicte Rollin. Vilnius