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Lectio Dimanche 2 août 2020

L eventvendredi 7 août 2020

À première vue, les textes de ce jour (première lecture, psaume et évangile) traitent de question de nourriture et d’un Dieu providentiel qui ne laisse pas l’humanité manquer de ce qui est nécessaire à sa subsistance. En soi, ce pourrait être déjà l’occasion d’une action de grâce, à laquelle le psaume donnerait forme : « tu rassasies avec bonté tout ce qui vit ». À l’échelle de l’humanité, pourtant, nous savons bien qu’il n’en n’est pas ainsi et les textes bibliques ne sont pas là pour nous faire rêver d’un monde qui n’existe pas. Alors, qu’est-ce qui nous est dit en ce jour ?

Aucune des situations suggérées par ces textes n’est en réalité idyllique. Le prophète Isaïe s’adresse à des Judéens dominés par les Babyloniens, exilés. Ils sont soif et faim mais ils se fatiguent sans être rassasiés, en vain. Le psaume évoque ceux qui ont les yeux fixés sur le Seigneur et qui espèrent en lui ; ils sont en attente. Quant à l’évangile, il nomme une foule dont Jésus a compassion. Or, au chapitre 9 Matthieu avait déjà parlé de la compassion de Jésus pour la multitude, en en précisant le motif : « voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (9,36). Au fond, les protagonistes humains cités dans ces textes connaissent des situations de manque ; ils sont incapables de se suffire à eux-mêmes, voire accablés. Un autre point commun, cependant, les unit : Isaïe les invite, avec insistance, à écouter et prêter l’oreille ; c’est une question de vie ! Par la bouche du prophète, Dieu les appelle à venir à lui. Le psaume fait droit à une situation de communication et une réciprocité entre Dieu et ceux qui l’invoquent. Dans l’évangile, la foule a quitté villes et villages, à pied, pour rejoindre Jésus. C’est une foule pélerine, en quête d’une parole qui lui redonne espoir. Tous les hommes et femmes de ces textes sont donc animés par le désir de la relation avec Dieu, d’une parole qui dessine l’avenir. La bonne nouvelle de ces textes est là : Dieu ne laissera pas inassouvi nos désirs d’entendre sa parole, de le trouver et d’être en relation avec lui.

L’évangile introduit un élément de plus : Jésus en appelle aux disciples et leur demande de nourrir eux-mêmes la foule. Il leur apprend à partager le peu qu’ils ont. Christian Duquoc écrivait qu’« une action miraculeuse constante [de Jésus] aurait supprimé sa condition humaine et réduit l’humanité à un assistanat céleste permanent : elle n’aurait plus eu ni existence digne, ni histoire. Le divin, ne pouvant tout transformer sans abolir, propose quelques indices d’un monde autre et il se retire. La faiblesse terrestre de Dieu est le nom qui répond au mal comme énigme du bien… » (« Le mal, énigme du bien », in Mal et compassion, revue Le supplément n°172, mars 1990). Ainsi, Jésus a proposé quelques indices d’un monde autre… , puis il s’est retiré, nous laissant le soin de continuer à poser des gestes de fraternité, des gestes qui restaurent et donnent espoir.

En définitive, ces textes nous adressent une même invitation dont une facette est cet appel à reconnaître la paternité et la bonté de Dieu, comme aussi notre propre incomplétude, et dont l’autre facette est de nous convier à la fraternité et à la solidarité, au souci des plus vulnérables. Soigner notre relation à Dieu, soigner notre relation aux autres ; avoir souci de nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, entendre les cris de nos frères et sœurs… voilà ce à quoi nous pouvons nous sentir appelés aujourd’hui.

Sophie Ramond