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Melilla, une Église qui accueille les migrants et un exemple de culture de la rencontre

M eventjeudi 22 février 2024

Melilla, située au cœur de la région du Rif, abrite une population de 86 487 habitants et présente un certain nombre de particularités résultant de sa position géographique et de son histoire, tant dans la composition de sa population que dans son activité économique et sa culture, fruit de la coexistence de chrétiens, de musulmans et de juifs.

Elle fait partie de la frontière sud de l'Union européenne et, avec Ceuta et les îles Canaries, elle fait partie de l'État espagnol depuis le XIVe et le XVe siècle, bien avant la création du royaume du Maroc en 1956, et appartient au diocèse de Malaga.

Sa position géographique, à la frontière avec le Maroc, en fait un point de convergence des mouvements migratoires entre l'Afrique et l'Europe, puisque les migrants d'Afrique subsaharienne, qui traversent le désert dans des conditions inhumaines, campent sur le mont Gurugú, point culminant de la péninsule du cap Tres Forcas, qui fait partie de la chaîne montagneuse de Nador, en attendant de trouver une situation favorable pour franchir la clôture, la frontière entre Melilla et le Maroc, en contournant les polices des frontières marocaine et espagnole. Souvent, un seul des enfants qui optent pour cette solution arrive vivant à Melilla, les autres se noient, et parfois la mer leur rend leur corps !

Les 12 et 13 mai, une représentation de la Délégation aux migrations du diocèse de Malaga, composée du Vicaire épiscopal pour l'action caritative et sociale, du Délégué aux migrations, d'un volontaire et de la Sœur de l'Assomption Magdalena Morales, s'est rendue à Melilla pour connaître de près la réalité du travail ecclésial d'accompagnement des migrants dans un contexte multiculturel et interreligieux qui a ses propres caractéristiques. Nous nous sommes rendus dans la ville autonome avec le désir d'établir un contact et de travailler ensemble avec les différents groupes qui s'occupent de près de la réalité des personnes forcées à migrer.

Le vendredi matin 12 mai, nous avons visité le projet Alfa, géré par la communauté Fratelli (Frères La Salle et Maristes) pour une intervention socio-éducative, qui travaille à changer la vie de plus de cent cinquante femmes musulmanes en situation de vulnérabilité, en respectant et en promouvant leurs droits et leur dignité. L'après-midi, la délégation diocésaine des migrations et le vicaire ont visité le travail des religieuses de la Divina Infantita dans leur centre pour mineurs migrants, et celui des Filles de la Charité, qui gèrent des ateliers et offrent un abri et un accompagnement aux jeunes en situation de rue, qui arrivent à la nage ou en sautant la clôture. La journée s'est terminée par la participation à l'Eucharistie dans la paroisse du Sacré-Cœur de Jésus, présidée par le Vicaire pour l'action sociale.

* Légende de la photo : Les contrastes de l'inégalité, de l'injustice et des violations des droits : Terrain de golf et clôture avec des migrants. Foto de José Palazón, ONG Prodein

Le samedi 13 mai, nous avons accompagné le travail des Filles de Marie Immaculée, les religieuses d'El Monte, qui vivent et accompagnent des femmes et des enfants dans l'un des quartiers les plus marginalisés, les plus pauvres, les plus analphabètes et en grande majorité musulmane, de la ville autonome. Nous avons également visité l'association Geum Dodou, qui accompagne et aide les migrants et réfugiés subsahariens sur leur chemin vers le continent.

Ce fut une expérience très enrichissante", déclare Pilar Gallardo, déléguée diocésaine aux migrations. Nous pouvons suivre les nouvelles et entendre parler des activités et des projets de l'Église, mais tant que nous ne sommes pas proches de la réalité et que nous n'entendons pas parler de vive voix, nous ne pouvons pas percevoir tout le travail fait et les véritables préoccupations et problèmes auxquels il faut répondre.

J'ai été frappée par la diversité des charismes chacun répondant selon sa propre sensibilité à une réalité que nous savons complexe. Et, bien qu'il ne s'agisse que d'un premier contact, nous avons pu prendre note afin de définir des priorités face à un travail ecclésial commun. Nous avons parlé de la nécessité d'un accompagnement personnel, d'être une famille, de répondre à leurs besoins fondamentaux, mais aussi de mettre l’accent sur leurs droits, de faire connaître la réalité, d'offrir des témoignages, du désir de nous rencontrer, de nous coordonner en tant qu'Église, de travailler en réseau... À dire vrai l'Église de Melilla a beaucoup à nous apprendre sur la culture de la rencontre. Et pas seulement pour l'action sociale et caritative qu'elle mène, mais aussi pour la mission d'évangélisation de l'Église". Cela a été une expérience très forte, parfois émotive et douloureuse, que celle de sentir la réalité de vive voix. C'était un appel au cœur, à l'action et à la conversion, car nous sentions nos cœurs se serrer !

Pour le vicaire de l'action caritative et sociale, "ce voyage était un rêve pour la déléguée depuis le début de sa mission. Elle souhaitait connaître le travail de l'Église à Melilla avec la réalité de la migration, qui y est plus accentuée en raison de la spécificité de cette terre. Nous avons eu l'occasion de connaître de vive voix le travail que les différentes communautés, congrégations et organisations réalisent : une tâche importante, parfois énorme, comme ils nous le disent, et qui pour nous est un rappel à l’ordre

Le 24 juin, nous avons célébré le premier anniversaire du massacre qui a eu lieu l'année dernière, lorsque plus de trente-quatre migrants sont tombés de la clôture, battus par la police marocaine et laissés sans assistance par la garde civile espagnole, et sont morts dans des conditions épouvantables.

Magdalena Morales Valverde RA

 

* Légende : Magdalena Morales Valverde, RA, embrasse Farida El Messaoudi Karbouch de Proyecto Alfa, à l'aéroport de Melilla.

** Photos de couverture : Avec la communauté Fratelli (Maristes et La Salle) et à l'association Geum Dodou.