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Province de l'Atlantique Sud: Une rencontre defiante

P eventvendredi 12 juillet 2024

La communauté de Brasília (Province de l’Atlantique Sud) vient partager avec vous une rencontre très intéressante à laquelle ont participé deux de nos sœurs, Raimunda Barbosa Pereira et Regina Maria Cavalcanti, et un laïc, membre du groupe Assomption Ensemble de La Rioja (Argentine) Óscar Rubén Yampe.

Il s’agissait d’une rencontre régionale de JCoR, sigle en Anglais qui veut dire « Coalition de Religieux pour la Justice » (Justice Coalition of Religious). Nous étions presque deux cents personnes, entre religieux et religieuses, aussi bien que laïcs et laïques liés à des congrégations religieuses, venus de plusieurs régions du Brésil et de quelques pays d’Amérique Latine. La Conférence des Religieux et Religieuses du Brésil (CRB) accueillait ce groupe et fêtait ses 70 ans d’existence. Il y avait aussi des représentants de la CLAR (Conférence Latino-Américaine des Religieux) et une religieuse et une laïque des Etats Unis qui travaillent à l’ONU. L’une d’elles est la Directrice Générale et l’autre, membre de la coordination générale de JCoR.

Car, oui, JCoR est une organisation qui donne, aux congrégations qui en sont membres, accès à l’ONU en ce qui touche la justice et les droits humains. L’ONU valorise JCoR, car la vie religieuse a une contribution à donner sur les grandes questions de l’éthique, de la politique, du développement humain, de l’écologie, de la justice – en somme, sur ce qui touche à la personne humaine. Certes, notre mission se passe là où nous sommes, dans notre « petite sphère », mais notre voix peut atteindre le monde… Sûrement, Marie Eugénie se réjouit en voyant que son désir d’une action qui soit transformatrice se concrétise et se rend plus forte lorsque nous unissons nos mains et nos voix à d’autres qui partagent avec nous le même rêve d’un monde plus conforme à ce que Dieu veut pour toute l’humanité.  

L’expérience vécue pendant cette rencontre fut forte et nous a posé des défis, En effet, il y a deux faits, propre à notre temps, qui sont à la racine de JCoR :  d’une part, les vocations à la vie religieuse sont en baisse en plusieurs pays du monde, et d’autre part,  quasiment aussi partout, les espaces politiques se renferment, en se rendant moins réceptifs aux voix de la société civile, surtout à celle de ceux qui sont les plus démunis. Il faut, donc – et voici le plus grand défi – que nous nous unissons à d’autres pour travailler en vue du Royaume. Il faut nos engager en des actions intercongrégationnelles pour être plus incisives. Il nous faut unir nos forces, ou plutôt, « nos faiblesses », comme le dirait Marie Eugénie, pour que la transformation sociale que nous rêvons puisse commencer à se faire voir.

Nous avons entendu des témoignages bouleversants qui nous ont fait presque toucher des mains des situations humaines très douloureuses : la violence envers les femmes, le racisme, la faim, le manque d’emplois, le manque d’habitations, le travail en des conditions dégradantes, la situation des peuples originaires de notre continent… Le cri de l’Amazonie s’est fait entendre dans la salle, car il y avait parmi nous des représentants des peuples indigènes. Ce furent des moments de partage de situations vécues auprès de personnes très marginalisées et appauvries. Nous, les participantes, étions toutes d’accord sur le grand objectif de JCoR : « Faire croître la collaboration entre nos membres – à l’Onu et à travers le monde – dans l’effort et l’engagement à aborder les causes fondamentales de la pauvreté, de la violence, de la destruction de la planète e du développement insoutenable ».   

A la fin de la rencontre, nous nous sommes réunies par Régionaux de la Conférence pour planifier quelques actions concrètes selon les diverses réalités où nous nous trouvions. Le thème qui unirait ces différents projets serait celui des inégalités sociales. Ici à Brasília, nous avons décidé visiter trois projets déjà existants pour voir où ce serait possible d’unir nos forces par moyen d’actions intercongrégationnelles.

Une de ces visites a été faite au plus grand bidonville du pays, qui a, pourtant, un nom assez poétique : Le Soleil Levant. Les Missionnaires de Jésus Crucifié ont une communauté là-bas ; elles ont accueilli le groupe qui faisait la visite : des religieuses, religieux et laïques qui avaient été à la rencontre de JCoR. Raimunda et Regina y étaient. Après un temps de conversation entre nous, le groupe est parti à la rencontre des gens de là-bas.

Ce samedi-là, c’était un jour de dîner communautaire. Il y en a un tous les 15 jours. Un groupe de volontaires parmi les habitants du Soleil Levant  avait préparé le dîner à partir de donations reçues. Les familles apportaient des pots pour amener la nourriture chez elles. Nous avons pris notre dîner avec le groupe de volontaires qui avaient préparé le repas, en utilisant la cuisine qui appartient au Mouvement des Travailleurs pour la Justice.

Quiconque connaît un bidonville sait que ce sont des espaces de pauvreté – et certains d’entre eux plus encore que d’autres. La population du Soleil Levant grandit toujours avec l’arrivée de pas mal de gens qui viennent à la capitale du pays en cherchant de meilleures conditions de vie… C’est un lieu où l’on sent le manque d’attention du gouvernement local. Il n’y a pas d’école ni d’hôpital, le transport public est insuffisant et précaire, etc…

Mais il y a de la créativité parmi le peuple. Et de la générosité aussi… Nous avons visité un petit salon, dont le propriétaire a offert l’usage aux sœurs. Elles y ont créé un espace éducatif, avec de l’alphabétisation pour adultes et du renforcement scolaire pour les enfants et adolescents. Elles y donnent aussi des cours d’informatique et ont trouvé la place pour quelques machines à coudre, pour que les femmes puissent fabriquer des pochettes et des bourses qu’elles vendent.

D’autres visites se succèderont pour que nous puissions trouver des projets ou des actions où joindre nos forces comme congrégations. Ce sera, peut-être, un « travail de fourmis », mais une colonie de fourmis peut faire crouler un mur… Puissions-nous faire crouler, ou, du moins, ébranler, le « mur » des inégalités sociales.