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Le Garde-manger Communautaire Marie Eugénie, une réponse communautaire à la pandémie

L eventmardi 29 novembre 2022

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Pendant la pandémie, dans un quartier pauvre et très peuplé de Malibay, à Pasay City, "nous avons vu la réalité de notre quartier ; la priorité était de mettre de la nourriture sur la table pour les familles, bien plus que la distanciation sociale et les protocoles sanitaires." Dans un contexte où le système "pas de travail, pas de salaire" est en vigueur, les gens ont faim…

Notre projet est né lorsque nous avons entrevu, le 23 avril 2021, une occasion d'aider les organisateurs du Malibay Community Pantry, un Garde-manger Communautaire à Malibay. Au départ, il s'agissait simplement d’apporter des biens. Il n’était pas question de mettre en place notre propre garde-manger. L’augmentation du nombre de garde-manger communautaires dans le pays nous a fait réfléchir sérieusement, nous y avons vu un "signe des temps" comme le dirait notre Mère fondatrice, Sainte Marie Eugénie. Il fallait une réponse non seulement des Sœurs de l'Assomption, mais aussi de tous ceux qui veulent voir des changements.

Des commencements humbles...

En communauté, nous sommes six sœurs, une postulante et une novice en stage. Nous avons réfléchi à la manière de mettre en place le garde-manger communautaire, nous nous sommes même souvenues de nos expériences de l'année passée, au plus fort de la pandémie. C’était une véritable bataille car nous avions devant nous un ennemi invisible prêt à frapper à tout moment. Nous avons également organisé plusieurs collectes de dons à cette époque. Tout était pure grâce car le projet devenait durable puisque les dons allaient arriver régulièrement pendant 12 mois.

Suite à nos réunions, nous avons tout mis en œuvre. Comme nous avions entendu parler de garde-manger communautaires qui avaient été fermés en raison de l'absence de permis, nous avons pensé que la première action à entreprendre était d'écrire une lettre à notre ‘barangay’ pour lui faire part de notre intention de mettre en place un garde-manger communautaire et lui demander de l'aide. Nous sommes heureuses que ses représentants soutiennent ces projets et sont même reconnaissants d'une telle initiative ; cela nous a donné une motivation supplémentaire pour aller de l'avant. Tout le monde était donc plein d'espoir. Il était clair pour nous qu'il devait s'agir d'une sorte de partenariat ici dans le quartier.

Chaque sœur s'est vu assigner une tâche, de l'impression de panneaux signalisation à la préparation du lieu pour le garde-manger, en passant par la personne qui s'occupera des gens afin que les protocoles soient respectés. Nos donateurs seront d'abord des amis qui ont donné ce qu'ils pouvaient et nous avons pu réunir suffisamment de fonds et de dons en nature pour notre garde-manger : sacs de riz, plateaux d'œufs, écrans et masques. Ce sont nos cinq pains et nos deux poissons. Nous avons donc ouvert nos portes à tous ceux qui souhaitaient avoir un repas décent ce jour-là.

Ces 4 précieuses minutes...

Notre premier donateur a été Collège de l’Assomption San Lorenzo. Des légumes frais, du riz et des œufs ont été envoyés. Cela semble bien dérisoire, mais pour ceux qui les recevaient, c’était une forme de survie. La ‘bataille’ commence au lever du jour.

C’était une première pour les Sœurs, nous étions livrées à nous-mêmes. C'était notre premier présentoir de garde-manger, notre première tentative, amusant et frustrant à la fois. Lorsque les gens nous ont vu installer des panneaux sur les portes, ils ont commencé à affluer et avant d’ouvrir les portes, il y avait déjà une foule. Nous avons eu du mal à les contenir. Tout le monde voulait s'emparer de tout le possible. Avant que nous le réalisions, tout avait disparu. La préparation avait été bien plus longue que la distribution proprement dite. Nous avons bien essayé de faire des files et d’établir une distance sociale, mais en vain. Par la suite, nous avons constaté à maintes reprises que le désir d'obtenir ce qui se trouve sur la table du garde-manger est plus important que la distance sociale. Mais nous n'avons pas perdu espoir avec tous ces gens avides de tout prendre, car au milieu du chaos, il y avait un vieil homme qui boitait, une lueur d'espoir ...  cet homme a eu l’idée de DONNER EN RETOUR, sur le champ. Après avoir reçu deux aubergines, il a demandé à l'une de nos sœurs où il pouvait mettre sa part. Nous avons été touchées. C'est comme si tout le reste s'était arrêté et que nous ne voyions que cet homme âgé qui peinait à sortir son billet froissé de 20 pesos et qui, avec un sourire, nous le donna. C'était notre moment "Aha !", une nouvelle expérience de Jésus pour chacun d'entre nous, comme s'il nous disait : " Courage ! C'est moi ! N'ayez pas peur ! " A dater de ce jour, il y a eu beaucoup d'autres "Jésus" qui ont voulu aider et tendre la main. Nous avons continué à croire.

Des stratégies qui donnent la vie...

A l'Assomption, le mot "donner la vie" est comme une seconde nature. On nous demande souvent : " comment pouvons-nous être source de vie dans nos décisions, dans nos actions, pour les autres ? ". Nous aussi, nous nous sommes demandé : quel est le geste qui donne le plus de vie à notre quartier ? Un garde-manger communautaire durable ? Une fois encore, nous nous sommes assises en communauté pour échanger des idées. Après la première expérience, nous nous sommes réunies, nous avons planifié et élaboré une stratégie et ensuite placé des panneaux. Nous avions également noté le flux des personnes et avons décidé de mettre en place des sorties et des entrées. Un autre aspect concret :  les gens ne portaient pas d’écran facial lorsqu'ils faisaient la file, mais seulement des masques. Il a donc été décidé de mettre en place une pancarte à propos des écrans faciaux. C'était un moment cocasse lorsque nous avons vu le monde dans la file, calmement, et en attente de l'ouverture de la porte. Mais, une fois les pancartes mises en place, "Dapat may facemask and shield", ils ont tous poussé un soupir et se sont soudainement dispersés pour rentrer chez eux chercher leurs masques. En revenant, ils étaient correctement équipés.

Nous nous sommes dès lors rendu compte que ces protocoles devaient encore être intégrés car le virus était toujours là, mais que nous devions revenir à l’origine, la faim et le désir de mettre de la nourriture sur la table à chaque repas étant plus importants. C'est alors qu’est apparu un autre type de "pionniers" parmi nous.

Placer le garde-manger à l'intérieur de l'enceinte (auparavant devant le portail) fut une autre décision stratégique. A présent, nous occupons le terrain de jeu, et nous avons constaté le changement d'attitude, auparavant agitée et "grossière", dans ce cadre plus calme et serein. Entrant par groupe à cause de la distanciation sociale, ils savent qu'il y aura suffisamment pour tout le monde, la présence des sœurs aidant. Nous pensons qu'il s'agit plutôt de les rassurer : "na hindi sila mauubusan."

L'effet d'entraînement

Nous venons à peine de commencer que nous sommes déjà témoins d'une version moderne du "miracle de nourrir cinq mille hommes". Ang kagandahang-loob n'Diyos kailanma'y hindi natin masusukat, patuloy itong dumarating. La bonté de Dieu que nous ne pouvons jamais mesurer, elle continue à venir…

Anciennes, amis de l'Assomption, entreprises privées, partenaires laïcs, étudiants, professeurs et personnel, parents des écoles de l'Assomption, c'est un miracle qui se produit sous nos yeux !

Nous avons même invité la communauté du noviciat à nous aider à préparer les produits. Le corps enseignant et le personnel de la SJNS ont également offert leur temps et leurs ressources. Nous comprenons que ce n'est jamais l'effort de quelques individus - pas seulement des sœurs - mais une action commune. C'était une affaire de communauté. Chacun a contribué avec ce qu'il avait et ce qu'il pouvait. Nous ne sommes que des canaux, des passerelles d'aide et d'espoir. "Nanatili at mananatili kaming tulay ng buhay ditto sa malibay".

Mais ce qui change la donne, c'est le processus visant à faire prendre conscience à chacun de nos voisins de l'importance de "donner en retour" afin de devenir aussi partenaires dans le fonctionnement du garde-manger communautaire. Ceux qui ont reçu ont donné davantage, ils ont envoyé du poisson séché, des légumes, des paquets de pain, et même de l’argent, de cinq à cent pesos. Tout devient signe de gratitude. Il ne s’agit peut-être pas d’un montant aussi élevé que celui de nos autres donateurs, mais il illustre bien l'idée de faire profiter d’autres de la générosité des personnes.

Aujourd'hui, nous ne recevons pas seulement des donateurs externes, mais aussi de ceux qui bénéficient de notre garde-manger communautaire. C'est en leur donnant les moyens d'agir et en les faisant participer à la vie de cette communauté que nous pouvons maintenir efficacement et de manière vivifiante ce projet. Il y a beaucoup d'histoires, mais celles entendues, empreintes d’espérance nous permettent de croire que nous sommes sur la voie de la transformation de notre quartier.

Au service de la vie...

Sainte Marie Eugénie a toujours cru en la bonté de chaque personne, il suffit la regarder la personne de plus près. Maintenant, nous faisons appel aux vendeurs locaux, par exemple, le magtataho (vendeur de soja) qui passe toujours par là. Lui aussi est en quelque sorte assuré d'avoir un revenu pour cette journée et de pouvoir mettre de la nourriture sur la table lorsqu'il rentre chez lui après une journée de travail. Ce même magtataho est heureux de servir et d'aider dans notre garde-manger et de donner du taho à tous ceux qui font la queue. Nous avons également mis en place un petit garde-manger pour nos livreurs à moto, nos éboueurs et nos conducteurs de cyclo-pousse, ce sont ceux que l’on oublie le plus souvent et ce sont eux qui nous rendent le plus de services.

Les dons pour le garde-manger communautaire Marie Eugénie continuent à arriver... Les appels ne tarissent pas, les livraisons affluent, les gens demandent encore comment ils peuvent aider. Devenir le "tulay" de ce trop-plein de générosité n'est que notre humble cadeau pour perpétuer l'héritage de Sainte Marie Eugénie qui transforme constamment la société par la foi et l'action. Nous avons encore une longue et sombre route devant nous, mais nous voyons briller des lueurs d’espérance. Et oui, comme le dirait notre fondatrice, "à travers cette obscurité, nous saluons l'aube !".

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