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Notre regard sur ... la province de France

N eventvendredi 5 mars 2021

France et crise sanitaire avril 2020

Le président Macron lors d’une intervention télévisée annonçant le confinement, le 13 mars, a eu de fortes paroles quant aux transformations nécessaires dans nos modèles économiques et nos modes de vie : il a parlé de ‘ruptures’ nécessaires. Il a évoqué aussi la nécessité de protéger les biens publics : « ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie à d'autres est une folie. » Qu’en est-il ?

La situation en France est contrastée sur tous les plans, sanitaire, social, économique, écologique. D’un certain côté, la crise constitue une occasion inédite pour nous forcer à ralentir, pour favoriser la décroissance de nos activités de surconsommation, pour réfléchir à nos vulnérabilités individuelles et collectives, pour prendre conscience que face au caractère insoutenable de nos habitudes, d’autres chemins sont possibles. De multiples initiatives solidaires voient le jour : aussi bien pour applaudir de son balcon, à 20h, les soignants et autres travailleurs du bien commun rentrant chez eux, que pour appeler des personnes isolées, renouer les liens familiaux et amicaux, pour soutenir des associations et des personnes en grande précarité… Des entreprises se sont mobilisées pour changer leur appareil productif et fabriquer des masques pour les soignants.

De l’autre côté, l’avenir est très incertain, et il n’est pas évident que les transformations macro-économiques et sociales en faveur de plus de justice écologique et sociale voient le jour : la chute du prix des énergies fossiles compromet les investissements dans les énergies renouvelables ; la relocalisation d’un certain nombre de productions, la mutation nécessaire des métiers et des formes de travail, demandent des investissements qui ne sont pas actuellement envisagés ; le confinement est source d’inégalités redoublées, entre les cols blancs pouvant faire du télétravail et les ouvriers et acteurs qui assurent le maintien des services publics et l’accès aux biens et services de base, entre ceux qui ont des ressources pour faire face aux chocs liés à une baisse d’activité économique et ceux qui sont touchés de plein fouet, sans filet de sécurité. Certains vivent le confinement dans des conditions matérielles et culturelles favorables, d’autres comme un enfermement source de monotonie, de fatigue voire de violence – et le risque est alors de revenir aux manières de faire antérieures sans désirer un changement.

Pour préparer les temps qui viennent, l’enjeu est donc notre capacité collective à regarder d’abord toutes ces réalités du point de vue des plus vulnérables : les personnes gravement touchées par le COVID, certes ; mais aussi tous ceux et celles pour qui cette crise représente une double peine. Dans ce contexte, l’Eglise de France, très abimée et meurtrie par les scandales relatifs à la pédo-criminalité, aux abus sexuels et aux phénomènes d’emprise morale et psychologique de la part de prêtres, de religieux et de laïcs très engagés, a vécu, comme de nombreux chrétiens à travers le monde, une forme d’épreuve : un carême sans célébration publique, sans rassemblement physique. A travers diverses voix et de multiples engagements, des chrétiens oeuvrent, avec d’autres, à encourager les ruptures et préparer le monde de demain. Peut-être dans ces détachements subis, incontournables, comme dans toutes les mesures de distanciation sociale, pouvons-nous faire l’expérience, dans le très quotidien, de l’approfondissement des liens sociaux dans l’écoute attentive, la parole bienfaisante, le regard émerveillé, la beauté contemplée, la compassion manifestée.

Nos communautés vivent le confinement dans la diversité des situations géographiques de la Province : certaines avec des mises en quarantaine de sœurs, ou de la communauté tout entière pour un temps (à Bondy), toutes avec le souci de nourrir les liens fraternels autrement, ad intra et ad extra : la créativité est au rendez-vous pour tisser des réseaux amicaux et solidaires dans nos lieux de vie et avec voisins, proches, etc. Le Campus de la Transition, où je réside avec un jésuite et 24 jeunes (professionnels, stagiaires, étudiants en service civique, volontaires), a lancé un parcours en ligne « résilience et transition » pour accompagner ceux et celles qui peuvent prendre du temps pour se former aux enjeux de la transition, dans une perspective réflexive et intérieure, attentive aux émotions que suscite cette crise sanitaire, en vue d’engagements variés.

Pour nos établissements scolaires, souplesse, adaptation, engagement sont recherchés : pour soutenir les élèves et les aider à s’organiser et trouver un rythme, pour faciliter les liens entre enseignants et entre établissements, pour profiter de cette période pour réfléchir et tester des innovations pédagogiques.

En ce temps pascal, nous célébrons la victoire de la Vie sur la mort. Que Christ Ressuscité, qui nous précède dans nos Galilées, dans tous nos lieux de confinement, nous aide à vivre en état d’incertitude, soutienne toutes nos conversions collectives vers un monde de sobriété solidaire, et fasse germer et fructifier tant de graines pour plus de justice, de paix et de soin de notre maison commune.

Cécile Renouard r.a