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Réflexion JPIC de l'Avent

R eventmercredi 10 août 2022

L´AVENT

Nous voulons réfléchir sur le thème de la « Spiritualité écologique » à partir des chapitres 2 et 6 de l'encyclique « Laudato Si’ » et donner quelques indications qui peuvent nous accompagner sur un chemin de renouvellement pendant ce temps de l'Avent.

La réflexion suivante a été proposée les 3 et 4 octobre 2020, en conclusion du Mois de la Création, lors d'un week-end spirituel organisé par les Sœurs de l'Assomption et par la Communauté "Laudato Si", dans notre maison de Genzano di Roma (Casa Mamre).  Anna Pagani r.a.

 

APPRENDRE DE DIEU UNE NOUVELLE RELATION AVEC LA CRÉATION

 

 

Dans son encyclique, le pape François choisit l’Ecriture comme point de départ, car nous y trouvons une manière juste de vivre notre relation avec la création.

Reprenons les chapitres 1 et 2 de la Genèse. Le premier chapitre est un poème grandiose sur Dieu créateur ; il forme avec le récit qui le suit, dans le deuxième chapitre, un grand tableau en deux parties distinctes et opposées. C’est une esquisse de la situation de l'humanité entre le projet divin de l'harmonie et la condition historique de la désharmonie, fruit de la relecture rétrospective d'un peuple croyant qui s’interroge et réfléchit.

Ce sont deux histoires différentes qui ne nous disent pas ‘comment’, mais ‘pourquoi’ le monde a été créé. La création a été faite pour nous, afin que nous puissions en profiter, nous en réjouir et faire l’expérience de Dieu en la vivant et en l'appréciant.

En relisant le premier chapitre de la Genèse, nous identifions 3 attitudes de Dieu à l’égard de toute la création, attitudes que nous pouvons faire nôtres pour vivre notre relation avec elle de manière harmonieuse. Ce sont des attitudes auxquelles nous devons faire face pour un chemin de conversion.

 

1) Dieu crée en distinguant.

Dans le récit de la Genèse, Dieu ne crée pas à partir de rien, mais il sépare les choses en les distinguant d'une masse indéfinie. L'œuvre de Dieu consiste à faire émerger chaque élément du chaos pour que chaque chose puisse resplendir en harmonie avec le tout, mais avec son identité spécifique. Il distingue les éléments qui existent et par cette distinction il permet à chaque créature d'exister et de resplendir pour ce qu'elle est : harmonie et identité, unité dans la diversité. C'est dans cette tension que réside la création.

Dieu aime la diversité ; il aime la créativité et tout ce qui est différent. Dieu n'est pas le Dieu de l'homologation. Nous vivons dans le monde de l’homologation. Dieu ne cherche pas à nous homologuer et ne veut pas que nous soyons homologués.

Respecter la diversité qui existe, l'aimer, la garder ... diversité dans la nature, diversité de l'être humain, diversité culturelle et religieuse ... Quand nous laissons chaque chose être ce qu'elle doit être, cela n’est pas en dissonance avec le reste, mais contribue à créer de l’harmonie. C’est ce que nous enseigne la création.

« Je crois que François est l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. C’est le saint patron de tous ceux qui étudient et travaillent autour de l’écologie, aimé aussi par beaucoup de personnes qui ne sont pas chrétiennes. Il a manifesté une attention particulière envers la création de Dieu ainsi qu’envers les pauvres et les abandonnés. Il aimait et était aimé pour sa joie, pour son généreux engagement et pour son cœur universel. C’était un mystique et un pèlerin qui vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même. En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure ». (Laudato Si 10)

 

2) Dieu regarde et bénit la création et chacun de ses éléments.

Dans la Genèse, il est répété dix fois : « Et Dieu dit ... Et ce fut ainsi/ cela arriva ». A la fin de chaque jour, Dieu contemple ce qu'il a fait (« il vit ») et s'en réjouit. Nous sommes mis devant le premier acte d'amour du Créateur pour ses créatures. Sept fois le texte répète : "Et Dieu vit que cela était bon/beau » et la dernière fois (après la création de l'être humain) il précise que c'était "très bon/beau". Le regard divin n'est pas le regard de quelqu'un soucieux d'exploiter ce qu'il voit, mais plutôt le regard de celui qui goûte la présence de la réalité créée et reconnaît son harmonie intrinsèque.

Trop souvent, nous perdons le goût de regarder, de contempler.

Il s'agit de « reprendre contact » avec notre lieu d'origine, nos racines. Nous sommes tirés de la terre (Gn 2) ; nous sommes créés le même jour que le monde animal ... nous ne sommes pas Dieu (LS 67)

Il est bon de revenir à nos racines. Cela est important pour pouvoir affronter les adversités de la vie, pour n’être pas submergés. Contempler, c'est savourer la vie et réaliser combien il y a de vie autour de nous et en nous.

Nous sommes habitués à la mort plus qu'à la vie. Souvent, avec nos actions, nous multiplions la mort, en polluant, mais aussi en jugeant, c'est-à-dire en faisant mourir la beauté qui est dans l'autre.

Dieu nous demande de collaborer avec lui pour qu'il y ait toujours plus de vie dans cette création dont il nous rend coresponsables afin de multiplier la vie.

 

Contempler et bénir. Celui qui sait contempler la vie commence à prier en bénissant.

Lorsque nous renouons avec la création, lorsque nous faisons la paix avec la création et la vie, lorsque nous commençons à savourer la plénitude de la vie en nous et autour de nous, quand il y a de la beauté autour de nous ...alors nous apprenons à prier et à bénir.

Bénir est une autre attitude typique de Dieu dans sa relation avec la création.

Quand Dieu regarde la création, il en dit du bien, il a toujours un regard positif sur toute créature, et aussi sur nous.

Est-ce que je le crois ? Suis-je capable de voir la belle créature que je suis, que chacun(e) est ? Si je quitte le regard de Dieu sur moi, alors je le perds aussi en regardant les autres.

Tout devient laid, insensé. Tout est contre nous, tout est mauvais ... donc au lieu de bénir, nous maudissons la vie, les autres, la création, avec notre comportement et avec nos paroles remplies de jugement. L'autre est mauvais, la création est mauvaise parce qu'elle ne fait pas ce que nous attendons d’elle ... en oubliant qu'elle a été violentée par nous (« Nous ne pouvons pas penser vivre en bonne santé dans un monde malade » Pape François, 25 mars 2020).

Demandons-nous comment nous vivons notre relation aux choses, à la Terre, à partir de petits choix quotidiens, car la fidélité se mesure à partir de petites choses et non à partir de grands idéaux. La spiritualité écologique nous fait retrouver le sens de la bénédiction. Demandons le don d'apprendre à bénir la vie, avec ses joies et ses peines, avec ses contradictions, non seulement la nôtre, mais celles de tous, et aussi la vie de la création. (« Loué soit Tu mon Seigneur, pour toutes les créatures. »)

« Pour proposer une relation saine avec la création comme dimension de la conversion intégrale de la personne, souvenons-nous du modèle de saint François d’Assise. Cela implique aussi de reconnaître ses propres erreurs, péchés, vices ou négligences, et de se repentir de tout cœur, de changer intérieurement. Les Évêques australiens ont su exprimer la conversion en termes de réconciliation avec la création : « Pour réaliser cette réconciliation, nous devons examiner nos vies et reconnaître de quelle façon nous offensons la création de Dieu par nos actions et notre incapacité d’agir. Nous devons faire l’expérience d’une conversion, d’un changement du cœur ».

(Laudato SI’ 218)

 

3) En créant, Dieu se contracte et crée de l'espace.

Cette idée, déjà présente dans la Kabbale [2], nous offre une indication importante. Dieu est tout ! 

« Le premier acte de Dieu aurait été non pas un déploiement vers l’extérieur (impossible puisqu’il est tout) mais un repli, une contraction ». Pour créer quelque chose qui soit distinct de Lui et avec quoi il puisse entrer en relation de manière libre, Dieu a besoin de créer un espace vide afin de donner autonomie et liberté.

« Au commencement, Dieu se serait retiré, rétracté, permettant ainsi la naissance du monde, sous la forme, en tout premier lieu, des vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. Ce repli, ce « manque à l’être », autrement dit ce vide autorisant autre chose à être, s'appelle tzimtsum, un concept essentiel de la Kabbale. »   (Mecohen.wixsite.com) 

Le retrait est la plus grande forme d'amour ... laisser de la place à l'autre pour qu'il soit … « faire place ». Dieu nous a créés pour nous rendre libres de correspondre.

Pensons à notre relation avec Dieu : est-ce que je crée un espace habitable pour Dieu dans ma vie ?

Ou est-ce que je Le colle comme un timbre postal sur ma vie… mes relations… pour dire que je suis chrétien ?

Pensons aussi à notre manière d'être avec les autres : en couple, en famille, en communauté, au travail ...

Est-ce que je laisse l'autre « ÊTRE » ce qu'il est, s'exprimer ... est-ce que j’entre en relation avec l'autre comme ‘autre’, ou est-ce que je me laisse vaincre par la tentation de l’accabler, de l'exclure, peut-être de le nier ?

 

 

 

[1] P.Christian Medos diócesis de Velereti, Roma. 2020

[2] (Sur le site officiel de la communauté hébraïque de MIlan) Il est habituel d'appeler Kabbale, c'est-à-dire "réception", la partie de la tradition juive qui concerne les sujets "mystiques" tels que les "secrets de la création" ou ceux concernant la structure interne de la divinité et son "interface" avec le monde créé. Des traces de ces sujets et de fortes limites à leur divulgation sont déjà présentes dans les Écritures, d'autres sont citées ici et là dans le Talmud. Mais la Kabbale devient prédominante entre le XIIe et le XVIe siècle, d'abord en Espagne et en Provence, avec la publication du Zohar et de personnages comme Abulafia et Rambam, puis à Safed avec la grande école de Luria, Caro, Cordovero.